Sortie 1975
Artiste ROXY MUSIC

Après Amanda Lear pour « For Your Pleasure », c’est au tour de Jerry Hall (la future Mme Jagger) d’orner la jaquette, posant en sirène ! Sur le plan musical, Bryan Ferry partage ici plus que jamais l’écriture des titres, avec Phil Manzanera (guitare) et Andy Mackay (saxophones).

Ferry, l’esthète en costume

Bryan Ferry est l’une des figures les plus étranges du rock britannique des années 70 : un esthète qui a fait des études d’art, qui cite Marcel Duchamp et Richard Hamilton parmi ses influences, qui porte des costumes de crooner sur des riffs de rock électrique. Roxy Music, le groupe qu’il cofonde avec Brian Eno en 1971, est une anomalie radicale dans le paysage musical anglais : trop sophistiqué pour le rock, trop électrique pour la chanson française qu’il admire, trop ironique pour le glam rock avec lequel on les classe souvent.

Quand Brian Eno quitte Roxy Music en 1973, beaucoup anticipent la dissolution du groupe. Ferry prouve le contraire. « Country Life » (1974) et « Siren » (1975) sont deux des meilleurs albums de la carrière du groupe, peut-être plus accessibles que la période Eno mais pas moins inventifs. Eddie Jobson rejoint le groupe sur violon et claviers, apportant une nouvelle couleur qui enrichit les arrangements sans copier ce qu’Eno faisait.

Love Is the Drug, le premier tube américain

« Love Is the Drug » est la chanson qui porte Roxy Music aux États-Unis pour la première fois de façon significative. Un groove disco avant l’heure, construit sur une basse funk de John Gustafson et une ligne de guitare de Manzanera qui s’infiltre sous la peau. Ferry chante avec sa voix nasale et détachée sur un sujet qu’il connaît bien : la séduction comme système opératoire, l’amour comme transaction sociale. « Side-step, side-step, love is the drug and I need to score. »

« Both Ends Burning » est l’autre grande réussite de l’album, avec ses cuivres arrangés par Andy Mackay qui transforment la chanson en quelque chose entre le rock et la grande chanson orchestrale. Ferry en concert est un showman raffiné : il change de tenue entre chaque chanson, adopte des postures inspirées du cinéma muet, joue avec les codes du glamour sans jamais perdre l’ironie qui garde tout ça hors de la vulgarité.

Bryan Ferry en concert
Bryan Ferry de Roxy Music, l’esthète du rock britannique des années 1970

La fin d’une époque

« Siren » sera le dernier album de Roxy Music avant une longue pause. Ferry se lance dans une carrière solo, continue d’enregistrer des albums de reprises (« The Bride Stripped Bare », « These Foolish Things ») et ne reformera Roxy Music qu’en 1979 pour deux derniers albums. « Siren » est donc un testament discret, pas le plus révolutionnaire de la discographie du groupe, mais un témoignage de la maturité d’un groupe qui avait commencé par déconstruire le rock pour mieux le reconstruire.

Phil Manzanera, qui jouera un rôle crucial dans la production de plusieurs albums de solo d’Eno dans la période qui suit, est à son meilleur sur « Siren ». Sa guitare n’est jamais un simple ornement : elle structure, elle contredit, elle instaure des tensions qui ne sont pas toujours résolues. Roxy Music aura été l’un des groupes les plus intellectuellement ambitieux du rock britannique, et « Siren » en est l’un des derniers et des plus élégants avatars.

La note des passionnés

4,0 /5

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