Sortie 1974
Artiste SPARKS

Kimono My House, SPARKS (1974) : les frères qui avaient tout compris avant tout le monde

Ron et Russell Mael, les deux frères californiens qui forment le coeur permanent de Sparks, ont passé leur carrière à être incompris par le pays dans lequel ils se trouvaient. Trop étranges pour l’Amérique, trop américains pour l’Angleterre, trop intelligents pour le mainstream, trop pop pour l’underground. Kimono My House, sorti en mai 1974 chez Island Records, est l’album qui change la donne. Enregistré à Londres avec une nouvelle formation britannique après le déménagement des frères Mael en Angleterre, il est l’un des albums les plus singuliers et les plus anticipateurs de toute la décennie.

This Town Ain’t Big Enough for Both of Us : l’entrée de la comète

Le single de lancement est l’une des chansons les plus surprenantes de 1974. « This Town Ain’t Big Enough for Both of Us » commence comme un western et se transforme en quelque chose d’entièrement autre : une succession de ruptures rythmiques, de changements de tempo et de dynamiques qui défient toute logique musicale conventionnelle. Russell Mael chante dans des aigus qui frôlent le falsetto avec une conviction absolue. Ron Mael compose des accords qui arrivent là où personne ne les attendait.

La chanson atteint le numéro 2 du chart britannique et propulse Sparks vers une notoriété grand public qu’ils n’avaient jamais approchée aux États-Unis. Les médias britanniques s’emparent du personnage singulier de Ron Mael – moustache charlien, costume droit, expression faciale impassible au piano – comme d’une icône visuelle aussi précisément calculée que l’est la musique qu’il compose.

L’humour comme esthétique sérieuse

Sparks est un groupe comique ? Pas exactement. L’humour est présent dans leurs textes, mais il n’est jamais de la comédie pour rire facilement. C’est de la comédie qui pointe vers quelque chose de vrai, de la comédie qui use du burlesque pour dire des choses sérieuses sur les relations humaines, l’ambition, la frustration, le désir.

« Complaints » ou « Hasta Mañana Monsieur » sur cet album sont des miniatures narratives qui observent le comportement humain avec un oeil à la fois amusé et acéré. Ron Mael écrit ses paroles comme un scénariste de comédie qui aurait décidé d’être sincère en même temps qu’amusant. C’est une combinaison rare.

Muff Winwood et la production anglaise

Muff Winwood (frère de Steve Winwood) produit l’album avec une compréhension parfaite de ce que les frères Mael cherchent. Il leur donne les moyens sonores de leur ambition sans jamais leur imposer une direction. La formation britannique – Adrian Fisher à la guitare, Martin Gordon à la basse, Norman « Dinky » Diamond à la batterie – joue avec l’énergie et la précision qui caractérisent les meilleurs musiciens de studio londoniens de l’époque.

L’album sonne précis, net, avec une densité d’information musicale remarquable. Chaque arrangement cache des détails qu’on ne découvre qu’à la troisième ou quatrième écoute. C’est de la musique pop qui récompense l’attention.

L’anticipation du futur

Giorgio Moroder a rencontré Sparks quelques années après Kimono My House et a collaboré avec eux pour l’album No. 1 in Heaven en 1979, l’un des premiers albums de disco électronique. Cette rencontre n’est pas surprenante : Sparks est en 1974 l’un des groupes les plus avant-gardistes dans sa façon de traiter la structure de la chanson pop, et Moroder est le producteur qui va industrialiser cette façon de penser la musique électronique.

Morrissey des Smiths a été un fan déclaré de Sparks depuis l’adolescence. Franz Ferdinand. Saint Etienne. La Roux. FKA Twigs. Chacun a dit devoir quelque chose à ce groupe inclassable. Kimono My House est l’album d’où tout part.

La note des passionnés

4,0 /5

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Kimono My House