Todd Rundgren. New York, 1972. Quatre faces de vinyle. Trentequatre morceaux. Les trois premières faces enregistrées par Rundgren seul, jouant tous les instruments et chantant toutes les voix. La quatrième face enregistrée avec des musiciens. « Something/Anything? » est le testament d’un musicien de pop qui veut démontrer que la grande chanson populaire américaine n’est pas un genre épuisé mais un territoire d’une richesse inépuisable pour quiconque est assez talentueux et assez courageux pour l’explorer sans concessions.

Todd Rundgren enregistre les trois premières faces en quelques semaines, seul dans le studio avec ses instruments. Cette performance de multi-instrumentiste solitaire, à une époque où les overdubs étaient encore une technique relativement nouvelle, est en elle-même une démonstration de maîtrise technique. Mais ce qui importe, ce n’est pas la performance technique. C’est que la musique qui en résulte est belle, diverse, et d’une fraîcheur et d’une originalité qui contredisent l’image qu’on pourrait avoir d’un homme seul dans un studio.

« I Saw the Light » est la chanson qui a défini la face commerciale de l’album, un single de pop rock d’une efficacité absolue qui a atteint le top 20 des charts américains. La mélodie, les harmonies, l’arrangement : tout est en place avec une précision qui ne révèle aucune des conditions de production solitaires dans lesquelles la chanson a été créée. C’est la démonstration que le talent musical authentique produit les mêmes résultats quelle que soit l’instrumentation disponible.

« Hello It’s Me » était une composition plus ancienne, déjà enregistrée avec les Nazz, le groupe de Rundgren des années 1960. La version de « Something/Anything? » est plus développée et plus mûre, et elle allait atteindre la première place des charts américains lors de sa sortie en single. Cette chanson sur la communication difficile entre deux personnes qui s’aiment est d’une beauté et d’une sincérité qui traversent le temps sans vieillir.

La quatrième face de l’album, enregistrée avec des musiciens en studio, montre un Rundgren en train de diriger et d’arranger avec la même maîtrise que lorsqu’il joue tout lui-même. C’est une démonstration différente du même talent : la capacité de concevoir et de réaliser une vision musicale aussi précise qu’un projet de production en studio.

Bearsville Records permettait à Rundgren cette liberté totale d’expression. Albert Grossman, fondateur du label, avait la sagesse de laisser faire un artiste de cette stature sans interférer dans le processus créatif.

Sur X : @toddrundgren

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Something/Anything?