Nilsson Schmilsson
par Harry NILSSON
Harry Nilsson. Los Angeles, 1971. Il était le songwriter préféré de John Lennon et Paul McCartney. Il était l’ami le plus proche de John Lennon dans ses années new-yorkaises. Il était l’auteur de chansons que d’autres artistes transformaient en succès phénoménaux pendant qu’il cherchait lui-même sa voix comme interprète. « Nilsson Schmilsson » est le moment où tout s’est mis en place : le producteur Richard Perry avait compris comment capturer la voix extraordinaire de Nilsson et l’ambition baroque de ses arrangements dans un cadre assez pop pour toucher un grand public sans trahir la bizarrerie essentielle de l’artiste.
Harry Edward Nilsson III est né à Brooklyn, New York, le 15 juin 1941. Enfance difficile, père absent, déménagement en Californie. Il avait travaillé comme programmateur informatique la nuit pendant qu’il composait des chansons en journée. Sa découverte par la maison de disques RCA Victor en 1967 avait lancé une carrière qui allait être l’une des plus singulières et des plus fascinantes du rock américain de son époque.
« Without You » est la chanson qui a transformé sa popularité en phénomène. Écrite par Tom Evans et Pete Ham de Badfinger pour leur album « No Dice », la chanson était déjà remarquable dans sa version originale. Dans la version de Nilsson, avec les arrangements orchestraux de Richard Perry et la voix qui monte vers des sommets qui semblent impossibles à l’oreille, elle est devenue quelque chose de distinct et de plus grand que l’original. Sa version a atteint la première place des charts dans des dizaines de pays et est restée pendant des décennies l’une des plus grandes ballades du rock.
« Coconut » est l’autre pôle de l’album, la face excentrique et ludique de Nilsson. Une chanson entière sur une seule note, une conversation entre un médecin et un patient à propos d’une maladie causée par la noix de coco, avec un refrain en forme de devinette. Cette chanson absurde et irrésistible révèle le côté Carroll et Lear de Nilsson, l’homme qui pouvait aussi bien écrire « Without You » que « Coconut » et les mettre sur le même album sans se soucier de la cohérence stylistique.
« Gotta Get Up » ouvre l’album avec une énergie et un humour qui établissent immédiatement le ton : Nilsson ne va pas être ce qu’on attend. Sa voix a cette qualité particulière de passer en quelques mesures de la légèreté la plus aérienne à une profondeur et une beauté qui font douter d’avoir bien entendu. C’est une voix qui ne ressemble à aucune autre voix de sa génération.
« Jump into the Fire » est la surprise la plus extrême de l’album : un morceau de rock dur, presque de heavy rock, avec une basse et une batterie qui semblent vouloir traverser les enceintes. Nilsson y montre une énergie et une puissance vocale qui contredisent l’image de chanteur de ballades sophistiquées que « Without You » avait pu créer.
Richard Perry, qui allait ensuite produire des albums pour Carly Simon, Ringo Starr et d’autres artistes majeurs, est à son meilleur sur « Nilsson Schmilsson ». Sa compréhension de ce que Nilsson voulait être et de ce dont le public avait besoin pour l’aimer a produit l’album qui reste son plus grand succès commercial et artistique.
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