1971 Album

Runt: The Ballad of Todd Rundgren

par Todd RUNDGREN

4,0
Sortie 1971

Todd Rundgren. New York, 1971. Runt, le groupe que Rundgren avait fondé en 1969 avec Mark « Moogy » Klingman et Tony Sales, était déjà à cette époque beaucoup plus une entité solo qu’un vrai groupe. « Runt: The Ballad of Todd Rundgren » est un titre qui l’assume : c’est l’album de Rundgren, et le fait qu’il s’appelle « Ballad » annonce que ce disque va explorer un registre plus doux et plus mélodique que les rockers du premier album. C’est Rundgren en mode chansonnier, et il est remarquable dans ce rôle.

Todd Harry Rundgren est né à Upper Darby, Pennsylvanie, le 22 juin 1948. Guitariste autodidacte qui a appris en déchiffrant les disques de Jimi Hendrix et de Jeff Beck, producteur précoce qui avait compris avant la plupart de ses contemporains que le studio d’enregistrement était un instrument à part entière, singer-songwriter d’une prolificité et d’une diversité stylistique qui allaient définir sa carrière pendant les cinq décennies suivantes. Rundgren était déjà en 1971 l’un des musiciens les plus complets et les plus visionnaires de sa génération.

Sa maîtrise de la production lui permettait d’enregistrer des albums avec une qualité sonore qui rivalisait avec les plus grands studios sans en avoir nécessairement les budgets. Il jouait lui-même la plupart des instruments, ce qui lui donnait un contrôle total sur le son et les arrangements. Cette autonomie totale était rare dans l’industrie musicale de 1971 et allait devenir plus rare encore à mesure que les budgets de production s’envolaient.

« Couldn’t I Just Tell You » est peut-être la meilleure chanson de l’album, un power pop d’une perfection formelle qui anticipait de plusieurs années la renaissance du genre à la fin des années 1970. Mélodie immédiatement mémorable, arrangements économiques et efficaces, voix de Rundgren d’une clarté et d’une émotion directes : tout est là pour faire une grande chanson pop.

La relation de Rundgren avec Bearsville Records, label d’Albert Grossman (manager de Dylan et de Janis Joplin), lui donnait une liberté artistique considérable. Grossman avait la réputation d’un homme dur en affaires mais qui savait reconnaître et respecter le talent artistique. Avec Rundgren, il avait trouvé un artiste dont la vision était claire et dont les capacités techniques garantissaient que cette vision serait réalisée.

Rundgren allait bientôt entrer dans sa période la plus créatrice et la plus expérimentale, avec les albums « Something/Anything? » et « A Wizard, a True Star ». Mais « The Ballad of Todd Rundgren » est le moment où le songwriter de pop pure prend le devant de la scène, avant que l’expérimentateur et le conceptualiste ne reprennent le contrôle. C’est un moment qui mérite d’être apprécié pour ce qu’il est : quelques semaines de pure beauté mélodique.

Sur X : @toddrundgren

La note des passionnés

4,0 /5

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