1977 Album

Point of Know Return

par KANSAS

4,0
Sortie 1977
Artiste KANSAS

Plutôt dénigré par la critique rock d’alors, Kansas fait cependant partie des groupes américains les plus populaires de la fin des années 70 et nombre de ses titres restent fortement marqués. Le groupe se distingue par l’usage du violon, instrument rare dans le rock progressif américain.

Topeka et le rock progressif des grandes plaines

Kansas est fondé à Topeka, Kansas, en 1973. La formation comprend six musiciens, dont une section de cordes permanente avec Robby Steinhardt au violon : c’est ce qui distingue immédiatement Kansas du rock progressif anglais (Genesis, Yes, ELP) qui domine le genre à l’époque. Le violon apporte une couleur folk et classique européenne que les synthétiseurs seuls ne peuvent pas reproduire.

Steve Walsh chante avec une voix de ténor puissante capable de porter des structures harmoniques complexes. Kerry Livgren compose la majorité du matériel avec une ambition symphonique qui se traduit concrètement par des suites en plusieurs parties, des changements de mesure fréquents, et des textes qui abordent des questions existentielles et spirituelles. Ce programme ambitieux ne laisse pas indifférent : on aime ou on n’aime pas, mais on ne peut pas ignorer.

Dust in the Wind, la chanson qui traverse les décennies

« Dust in the Wind » est une anomalie dans la discographie de Kansas : une ballade acoustique de moins de trois minutes, construite sur un arpège de guitare et une ligne de violon, avec un texte d’une humilité désarmante. « I close my eyes, only for a moment, and the moment’s gone. » Kerry Livgren l’a écrite après avoir lu des versets de la Bible hébraïque sur la vanité des choses humaines. La chanson atteindra le numéro six du Billboard en 1978 et deviendra la chanson la plus connue de Kansas, paradoxalement l’une des moins caractéristiques de leur style habituel.

« Point of Know Return » (la chanson titre) est beaucoup plus représentative du Kansas habituel : une suite en plusieurs parties avec des alternances de sections calmes et puissantes, un solo de violon qui dialogue avec les guitares électriques, et une histoire narrative sur un navigateur qui dépasse le point de non-retour pour explorer l’inconnu. La métaphore de l’exploration, du courage d’aller plus loin que là où il est prudent d’aller, est typique de l’ambition lyrique de Livgren.

La critique et le public

La critique rock des années 70 est impitoyable avec Kansas. Pour beaucoup de journalistes de Rolling Stone ou de Creem, le rock progressif américain représente exactement ce que le punk est censé combattre : l’embourgeoisement artistique, les prétentions symphoniques, la technique au détriment de l’énergie. Ce jugement est partiellement justifié mais il ignore ce que le public de Kansas entend dans cette musique : une ambition et une sérieux qui lui manquent dans le rock FM plus léger de l’époque.

Kerry Livgren se convertira au christianisme évangélique à la fin des années 70, ce qui influencera profondément les textes des albums suivants et créera des tensions avec le reste du groupe. Steve Walsh quittera en 1981. Mais « Point of Know Return » reste leur album le plus complet : le plus équilibré entre l’ambition progressive et l’accessibilité pop, et celui qui contient leur chanson la plus durable.

La note des passionnés

4,0 /5

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Point of Know Return