Camel est souvent comparé au Genesis de l’époque, et plus souvent encore à Alan Parsons Project. Contrairement à ces derniers il ne connaîtra jamais un grand succès populaire, mais se constitue au fil des albums un public de connaisseurs très fidèle. « Rain Dances » est un album très attachant.
Andrew Latimer et la guitare lyrique
Camel est fondé à Guildford, Surrey, en 1971, autour du guitariste et chanteur Andrew Latimer. Sa guitare est le centre expressif du groupe : une voix électrique lyrique, proche de David Gilmour dans sa capacité à construire des phrases musicales qui ressemblent à des respirations, mais avec une légèreté et une délicatesse propres à Latimer. Le groupe navigue entre le rock progressif (longues suites instrumentales, harmonie complexe) et la pop sophistiquée (mélodies accessibles, arrangements précis).
« Rain Dances » voit l’arrivée de Richard Sinclair, bassiste et chanteur venu de Caravan (l’autre grand groupe de la « Canterbury Scene » britannique). Sa voix douce et son jeu de basse mélodique apportent une nouvelle couleur au groupe. Pete Bardens aux claviers, Andy Ward à la batterie : Camel est à cette époque une formation stable qui connaît ses forces et sait les exploiter.
La touche Canterbury
La « Canterbury Scene » est une scène musicale britannique des années 70 qui rassemble des groupes comme Soft Machine, Caravan, Hatfield and the North, National Health, et Camel. Ce qui les relie : une approche très musicale de la composition, des influences jazz assumées, un humour discret qui transparaît dans les titres (« One of These Days I’ll Get an Early Night », « Unevensong ») et dans les arrangements. C’est une musique de chambre qui a décidé d’être électrique.
« Unevensong » est peut-être la chanson la plus caractéristique de « Rain Dances » : une mélodie principale jouée par la flûte et les claviers, avec la guitare de Latimer en contrepoint, et la basse de Sinclair qui se promène librement en dessous. Andy Ward à la batterie joue avec une finesse qui trahit sa formation jazz : pas de brutalité, mais une précision et une réactivité qui permettent à la musique de respirer.

L’hommage fidèle d’un public patient
Camel n’a jamais été un groupe de stade. Leurs albums se vendent modestement mais régulièrement, et leur public est d’une fidélité remarquable. Ils ont continué à tourner et à enregistrer pendant des décennies, avec des formations variables mais toujours l’axe central Latimer. Andrew Latimer a développé une maladie grave dans les années 2000 qui a limité ses capacités physiques, mais il a continué à diriger le groupe depuis les États-Unis où il vit.
« Rain Dances » est un album de maturité pour Camel, plus pop que certains de leurs efforts précédents (notamment « The Snow Goose », 1975, leur oeuvre la plus ambitieuse), mais avec la même attention aux détails mélodiques et harmoniques qui est leur marque de fabrique. Pour quiconque explore le rock progressif britannique des années 70, Camel est une escale obligatoire, et « Rain Dances » est une bonne porte d’entrée.
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