Bowie tourne la page de l’expérimentation et revient aux thèmes de sa période glam avec un rock plus accessible. C’est le dernier grand essentiel d’une carrière déjà monumentale, avec « Ashes to Ashes » et « Fashion » comme sommets.
Le retour de Major Tom
« Scary Monsters (and Super Creeps) » est le dernier album de David Bowie produit avec Tony Visconti avant une longue interruption de leur collaboration. Ensemble, ils ont créé la trilogie berlinoise. Ici, ils revisitent tout ce qui a fait la grandeur de Bowie : la mise en scène, les personnages, la façon de construire un son à partir de rien.
« Ashes to Ashes » est la chanson pivot de l’album, un chef-d’oeuvre absolu qui fait écho à « Space Oddity » de 1969 en revisitant le personnage de Major Tom onze ans plus tard. La production est stupéfiante : un son à la fois ancré dans son époque et intemporel, avec des synthétiseurs qui semblent venir d’un futur imaginaire.
Fashion et Robert Fripp
« Fashion » est la chanson rock la plus directe de l’album, avec un riff imparable et un texte sur l’absurdité de la mode et des tendances sociales. Robert Fripp, le guitariste de King Crimson, contribue à plusieurs titres avec ses techniques de guitare caractéristiques, apportant une tension et une texture que peu de guitaristes auraient pu fournir.
L’album s’ouvre et se referme sur « It’s No Game » : la première version est chantée en japonais par l’actrice Michi Hirota, désorientation volontaire ; la dernière version conclut l’album avec Bowie seul et une résolution émotionnelle. Ce dispositif est typique de la façon dont Bowie pense ses albums comme des oeuvres globales plutôt que des collections de chansons.

Le dernier grand album avant Let’s Dance
« Scary Monsters » est souvent décrit comme le dernier grand album essentiel de Bowie avant que « Let’s Dance » (1983) ne le propulse vers un succès commercial encore plus vaste mais musicalement moins ambitieux. Beaucoup considèrent cet album comme la conclusion parfaite de la période créative la plus intense de son histoire.
Les années suivantes verront Bowie devenir une superstar mondiale avec Nile Rodgers, mais c’est sur « Scary Monsters » qu’on trouve le Bowie le plus complet : l’artiste qui maîtrise parfaitement son langage, qui sait exactement ce qu’il fait et pourquoi, et qui produit quelque chose d’irremplaçable.
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