Tupelo Honey
par Van MORRISON
Van Morrison. San Francisco, 1971. George Ivan Morrison est en 1971 dans la période la plus fertile et la plus accomplie de toute sa carrière. Après les expériences mystiques d' »Astral Weeks » et la perfection lumineuse de « Moondance », il arrive à « Tupelo Honey » avec quelque chose de différent : une chaleur domestique, une douceur pastorale, l’album de l’homme heureux dans sa maison, de l’artiste en paix avec lui-même et avec la femme qu’il aime. C’est une rareté dans sa discographie, et sa beauté particulière vient précisément de cette paix momentanée.
Janet Planet, l’épouse de Morrison à cette période, est la présence invisible mais pervasive de l’album. « Tupelo Honey » lui est dédié. « You’re My Woman » est une déclaration d’amour d’une franchise et d’une chaleur qui tranchent avec la complexité métaphysique des albums précédents. Morrison, qui n’est généralement pas un artiste de l’effusion sentimentale directe, trouve ici quelque chose de simple et de beau dans l’expression de l’amour conjugal.
« Wild Night » ouvre l’album avec un de ses riffs de guitare les plus joyeux et les plus imparables. Cette chanson sur les joies simples de la nuit urbaine, les restaurants, les filles, la danse, a l’énergie d’un homme qui célèbre la vie sans complication. Elle deviendra un de ses standards live les plus aimés, reprise des années plus tard avec un succès commercial considérable. Mais la version originale de « Tupelo Honey » a quelque chose de frais et de spontané que les reprises ne retrouvent pas entièrement.
La chanson-titre est peut-être la plus belle de tout l’album. Une ballade lente et dorée comme l’après-midi d’été qu’elle décrit, avec des cordes qui s’élèvent doucement et une voix de Morrison qui touche ici quelque chose de pur et de dégagé. Le miel de Tupelo, Mississippi, réputé pour sa qualité particulière, devient une métaphore de tout ce qui est naturellement bon et doux dans le monde. Morrison chante comme s’il découvrait pour la première fois que certaines choses sont simplement belles sans avoir besoin de justification.
La session de musiciens qui entoure Morrison sur cet album est parmi les meilleures qu’il ait eu. Platoon, une formation de musiciens de la Bay Area, joue avec une sensibilité et une réactivité qui correspondent parfaitement à son style. Morrison en concert et en studio est un directeur musical d’une exigence totale, qui communique ses intentions par des signaux et des regards plutôt que par des instructions verbales. Ces musiciens savaient le suivre.
Warner Bros. a sorti l’album avec des attentes commerciales raisonnables. « Wild Night » a bien fonctionné en single. L’album entier a trouvé son public sans jamais atteindre les sommets des ventes. Mais ce n’est pas dans les ventes que se mesure la valeur de « Tupelo Honey ». C’est dans la façon dont il existe, dans la lumière qu’il projette, dans le sentiment de bien-être qu’il procure à chaque écoute.
« Old Old Woodstock » et « Starting a New Life » poursuivent l’exploration du bonheur domestique avec la même grâce. L’album entier a la qualité d’un dimanche après-midi de septembre, ni trop chaud ni trop frais, avec la conscience douce que les beaux jours ont encore quelque chose à donner avant la fin de la saison.
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