1970 Album

His Band and the Street Choir

par Van MORRISON

4,0
Sortie 1970

Imaginez Van Morrison en 1970. Il a sorti Moondance en janvier, un album deja considere comme un chef-d’oeuvre par les critiques les plus exigeants. Et la, neuf mois plus tard, en novembre 1970, il sort un deuxieme album dans la meme annee. His Band and the Street Choir. Parce que Van Morrison ne s’arrete pas. Parce que la musique en lui deborde comme un fleuve apres la pluie.

Le titre est programmatique. ‘His Band’ : les musiciens qui l’entourent, qu’il commence a stabiliser autour de lui apres les annees d’errance. ‘The Street Choir’ : les voix de la rue, le gospel informel des quartiers populaires, cette facon qu’ont les gens ordinaires de chanter leur vie sans pretention ni sophistication. Van Morrison a toujours eu les pieds dans deux mondes : celui de l’art et celui de la rue. His Band and the Street Choir les reconcilie avec une evidence desarmante.

L’album sort en novembre 1970 sur Warner Bros. Records. Si Moondance regardait vers le jazz et les atmospheres nocturnes, His Band and the Street Choir est plus immediat, plus rythme, plus ancre dans le R&B et le gospel qui caracterise une certaine tradition americaine. C’est un album de joie, presque, ce qui est parfois inattendu chez un artiste aussi introspectif que Morrison.

Le single ‘Domino’ est l’evidence de cet album. C’est une chanson de pur bonheur, rythmee, entrainante, avec ces choeurs qui entrent en retard sur la mesure et qui font swinguer tout le morceau. ‘Don’t want to discuss it / I think it’s time for a change’ : le texte est simple, presque naif, mais dans la voix de Morrison il prend une dimension jubilee. ‘Domino’ atteindra la neuvieme place des charts americains, le plus grand succes commercial de Van Morrison jusqu’alors.

Le morceau ‘Blue Money’ est dans la meme veine : funky, direct, avec une ligne de basse qui s’installe et ne bouge plus pendant que la guitare et les cuivres tissent leurs arabesques. Morrison chante avec une liberte rythmique absolue, traitant le texte comme de la matiere malleable qu’il peut etirer ou comprimer selon les besoins de l’emotion du moment.

Puis il y a ‘Call Me Up in Dreamland’, peut-etre la chanson la plus representative de l’esprit de l’album. Une invitation au voyage nocturne, une porte ouverte sur un espace onirique ou la musique devient synonyme d’evasion. Morrison a ce don particulier de transformer la chanson populaire en quelque chose qui touche a l’etat mystique, sans jamais basculer dans la pretention.

Les ‘Street Choir’ du titre ne sont pas une metaphore abstraite. Morrison a fait appel a des choristes amateurs pour participer aux sessions. L’idee etait de capturer cette energie chorale naturelle, spontanee, qu’on entend dans les chorales d’eglise ou dans les chants de rue. Le resultat est une chaleur particuliere dans les enregistrements, quelque chose qui ressemble a une communaute reelle plutot qu’a un produit de studio.

La face B de l’album revele un Morrison plus introspectif, capable de ralentir et de chercher quelque chose de plus profond. ‘I’ve Been Working’ reprend la structure des chants de travail americains, ces songs qui rythmaient la vie des travailleurs dans les campagnes du Sud. Morrison s’approprie cette tradition avec le respect sincere de quelqu’un qui a ete profondement forme par le blues depuis son enfance a Belfast, a ecouter les disques que son pere ramenait d’Amerique.

Car c’est la qu’est l’essence de Van Morrison : un gamin d’Irlande du Nord qui a grandi avec Muddy Waters et Lead Belly dans les oreilles, qui a internalise le blues afro-americain comme si c’etait son ADN naturel, et qui en a fait quelque chose d’unique parce qu’il y a ajoute le mysticisme celtique et la poesie irlandaise. Ce melange improbable et explosif est au coeur de toute son oeuvre, et His Band and the Street Choir en est l’une des expressions les plus directes et les plus accessibles.

Deux albums en une seule annee 1970. Van Morrison a demontre qu’il etait capable d’une productivite qui n’affectait en rien la qualite. Pas de remplissage, pas de titres alimentaires. Chaque chanson de His Band and the Street Choir a une raison d’etre, une identite propre. C’est la marque des grands artistes : meme dans l’abondance, la coherence. Meme dans la rapidite, la profondeur. Le Street Choir chante encore cinquante ans plus tard.

La note des passionnés

4,0 /5

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