Teaser and the Firecat
par Cat STEVENS
Cat Stevens. Londres, 1971. Il y a des artistes qui ont le don de faire des chansons qui semblent avoir toujours existé, comme si elles n’avaient pas été composées mais découvertes quelque part dans l’air, attendant simplement que quelqu’un les entende et les note. Cat Stevens, au pic de sa créativité de la période 1970-1971, est l’un de ces artistes. « Teaser and the Firecat » est son quatrième album, le deuxième d’une séquence de trois chefs-d’oeuvre consécutifs (avec « Tea for the Tillerman » et « Catch Bull at Four »), et il contient deux de ses chansons les plus durables.
Steven Demetre Georgiou est né à Londres le 21 juillet 1948, fils d’un père grec chypriote et d’une mère suédoise. Il a adopté le nom de scène Cat Stevens au début de sa carrière, dans les années 1960, quand il était un artiste de pop teen londonien avec des singles brillants mais pas encore cet album-poet qu’il allait devenir après sa grave maladie en 1968.
Sa rechute de tuberculose en 1968 l’avait éloigné du show business pendant deux ans et lui avait donné le temps de lire, de réfléchir, et de réévaluer ce qu’il voulait faire de sa musique. Il en était sorti avec une vision artistique profondément changée : moins de pop légère, plus de substance. Ces deux années de réflexion et de lecture allaient nourrir toute la grande période créatrice qui commence avec « Mona Bone Jakon » en 1970.
« Morning Has Broken » est une chanson qui a traversé tous les contextes possibles : enregistrée par Stevens avec le pianiste jazz Rick Wakeman, reprise dans des cérémonies religieuses et des mariages, chantée dans les écoles comme si c’était un hymne traditionnel. La mélodie est celle d’un hymne gaélique écossais, « Bunessan ». Les paroles sont du poète Eleanor Farjeon. Mais dans la version de Stevens, accompagné du piano de Wakeman dans une performance d’une beauté cristalline, tout cela fusionne en quelque chose d’entièrement contemporain et entièrement intemporel à la fois.
« Peace Train » est l’autre moment monument de l’album, une chanson sur l’espoir d’un monde de paix qui a l’énergie d’une invocation plutôt que d’une prière. Sa mélodie ascendante, son refrain collectif, son rythme qui s’accélère progressivement comme un train qui prend de la vitesse : tout dans la construction musicale correspond à la promesse du texte. C’est la chanson la plus optimiste et la plus mobilisatrice de Cat Stevens, celle qui dit clairement que la paix est possible si on choisit de la croire possible.
Island Records, qui avait signé Stevens après son retour de convalescence, lui donnait les moyens et la liberté de poursuivre sa vision. Paul Samwell-Smith, qui avait été le bassiste des Yardbirds, produisait ces albums avec une compréhension parfaite de ce que Stevens cherchait : un son acoustique et naturel, avec juste assez d’arrangements pour que les chansons aient leur plénitude sans être surchargées.
Stevens s’est converti à l’islam en 1977 et a pris le nom de Yusuf Islam, abandonnant sa carrière musicale pendant deux décennies. Ce chapitre de sa vie a ajouté une dimension de mystère et de sérieux à sa figure artistique. Aujourd’hui, sous le nom de Yusuf Cat Stevens, il a repris la scène et continue de chanter des chansons qui ont l’air d’avoir toujours existé.
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