1973 Album

There goes rhymin´ Simon

par Paul SIMON

4,0
Sortie 1973
Artiste Paul SIMON

Kodachrome et les couleurs du monde

1973. Paul Simon publie There Goes Rhymin’ Simon, son troisième album solo depuis la séparation de Simon and Garfunkel, et signe une oeuvre ensoleillée et profondément ancrée dans les traditions musicales du Sud américain. Simon a enregistré en partie aux studios Fame de Muscle Shoals, Alabama, avec les musiciens légendaires de la Muscle Shoals Rhythm Section, et en partie à New York avec des choeurs gospel, dont les Dixie Hummingbirds, l’un des grands ensembles gospel américains.

Kodachrome est le single d’ouverture, une chanson sur la beauté des images et sur la façon dont la photographie couleur transforme notre perception du monde. Simon l’écrit avec une légèreté et un humour discret qui sont caractéristiques de son meilleur travail : il y a une ironie dans le titre, une façon de parler de la nostalgie et de la perception sans devenir sentimental. La ligne de basse est immédiate et dansante, le groove de la Muscle Shoals Rhythm Section est d’une fluidité exemplaire.

American Tune est le contrepoint mélancolique du single, une des plus grandes chansons que Simon ait jamais écrites. Construite sur une mélodie qui reprend le choral de Bach O Sacred Head Now Wounded, la chanson décrit l’épuisement moral de l’Amérique post-Vietnam, la désillusion de ceux qui croyaient au rêve américain et qui ont vu ses limites et ses contradictions. Simon chante avec une douceur et une gravité qui font de cette chanson quelque chose qui dépasse le commentaire politique pour atteindre quelque chose d’universel sur la fatigue des espérances humaines.

Les Dixie Hummingbirds et la grâce gospel

La décision de Paul Simon d’aller enregistrer avec les Dixie Hummingbirds, ensemble gospel de Philadelphie fondé en 1928, est l’un des actes les plus courageux et les plus fructueux de sa carrière. Ces chanteurs apportent à la musique de Simon une dimension spirituelle et une plénitude vocale qu’aucune production studio conventionnelle n’aurait pu créer. Loves Me Like a Rock, la chanson qu’ils chantent ensemble, est un hymne de joie simple et irrésistible, avec les Hummingbirds qui répondent à la voix solo de Simon dans un dialogue call-and-response qui est la forme fondamentale du gospel africain-américain.

La Muscle Shoals Rhythm Section était à cette époque l’une des formations les plus recherchées pour les enregistrements de soul, de rhythm and blues et de rock. Ils avaient joué pour Wilson Pickett, Aretha Franklin, Percy Sledge, et leur façon de construire un groove, avec cette particularité de la batterie légèrement derrière le temps et de la basse très en avant, donnait aux enregistrements faits dans leur studio une chaleur et une pulsion très particulières.

Take Me to the Mardi Gras est une autre merveille de l’album : une évocation de la Nouvelle-Orléans avec un arrangement de cuivres qui capture l’esprit festif de la ville sans la caricaturer. Simon avait fait ses devoirs : il connaissait la musique qu’il voulait évoquer et savait comment la faire sonner avec authenticité.

L’après Simon and Garfunkel

Trois ans après la séparation de Simon and Garfunkel en 1970, Paul Simon avait complètement réinventé son approche musicale. Là où le duo de Greenwich Village était ancré dans la tradition folk et pop blanche, Simon solo s’ouvre vers le monde : la musique latine, le gospel, le reggae, les musiques africaines. Cette curiosité le mènera vers Graceland en 1986, son chef-d’oeuvre de la collaboration interculturelle. There Goes Rhymin’ Simon est une étape essentielle de ce voyage.

— Discographie —

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