Voici l’un des disques les plus inattendus qu’on puisse trouver dans une discographie rock. « Prayers of the Last Prophet », paru en 1999, n’est pas un album de chansons pop, mais une oeuvre dévotionnelle signée par l’homme qui fut Cat Stevens, devenu Yusuf Islam. Le témoignage d’une foi qui avait éloigné une superstar de la musique populaire.
De Cat Stevens à Yusuf Islam
Dans les années 70, Cat Stevens fut l’un des auteurs-compositeurs les plus aimés de sa génération, signataire de classiques intemporels comme « Wild World », « Father and Son » ou « Morning Has Broken ». Au sommet de sa gloire, il bouleverse pourtant sa vie : à la fin de la décennie, il se convertit à l’islam, prend le nom de Yusuf Islam, abandonne la musique populaire et se consacre à sa foi et à des projets éducatifs et caritatifs.
Pendant de longues années, il tourne le dos à la scène et aux studios tels qu’il les a connus. Les disques qu’il produit dans cette période sont d’une tout autre nature : des oeuvres spirituelles, destinées à transmettre les valeurs et les textes de sa religion, loin de l’industrie du divertissement qui l’avait rendu célèbre.
Une oeuvre de dévotion
« Prayers of the Last Prophet » s’inscrit dans cette démarche spirituelle. Plutôt qu’un album de chansons au sens traditionnel, il s’agit d’une oeuvre dévotionnelle, centrée sur les prières et les enseignements de sa foi, prolongeant une série de disques à vocation religieuse et éducative qu’il avait entreprise. Le ton y est recueilli, méditatif, à mille lieues des arrangements pop de sa jeunesse.
Ce disque n’a pas été conçu pour les classements ni pour le grand public habituel de la musique. Il s’adresse d’abord à une communauté de croyants et à ceux que la dimension spirituelle de la démarche intéresse. C’est un document précieux sur une période où l’un des plus grands songwriters du siècle avait choisi de mettre son art au seul service de sa foi.
La décision de Cat Stevens de quitter la musique populaire au sommet de sa gloire reste l’un des renoncements les plus radicaux de l’histoire du rock. Là où d’autres auraient capitalisé sur leur succès, lui a tout abandonné par conviction, suscitant l’incompréhension d’une partie de son ancien public. Cette cohérence entre les actes et les croyances, quelle que soit l’opinion qu’on en ait, force le respect. « Prayers of the Last Prophet » est le fruit de cet engagement total, le témoignage sonore d’un homme qui a fait passer sa foi avant sa carrière, et qui a accepté de devenir invisible aux yeux du monde du divertissement.

Le retour à la musique
L’histoire ne s’arrête pas là, et c’est ce qui rend ce disque encore plus émouvant rétrospectivement. Quelques années après « Prayers of the Last Prophet », Yusuf Islam renouera progressivement avec la musique populaire, reprenant la guitare et l’écriture de chansons, retrouvant la scène et son public d’autrefois sous le nom de Yusuf, puis de Yusuf / Cat Stevens.
Replacé dans ce parcours, « Prayers of the Last Prophet » apparaît comme une étape d’un cheminement spirituel et artistique hors du commun. Il témoigne d’un homme qui a osé tout abandonner par conviction, puis revenir à son art apaisé. Loin des canons habituels du rock, ce disque dévotionnel raconte une histoire de foi, de renoncement et de réconciliation, celle de l’une des figures les plus singulières et les plus attachantes de la musique du vingtième siècle.
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