The Cry of Love
par Jimi HENDRIX
Jimi Hendrix. Mort le 18 septembre 1970. Le monde de la musique n’avait pas encore fini de pleurer quand le premier album posthume est sorti en 1971. « The Cry of Love » est le résultat du travail d’Eddie Kramer et Mitch Mitchell sur les enregistrements inachevés que Hendrix avait laissés en travaillant sur son grand projet ambitieux de double album solo, qu’il projetait d’appeler « First Rays of the New Rising Sun ». Ce que Hendrix avait en tête pour cet album, on ne peut que l’imaginer. Ce qu’il en reste est déjà d’une beauté presque insupportable.
Jimi Hendrix était mort à 27 ans avec des enregistrements en cours dans son studio Electric Lady à New York, studio qu’il venait d’inaugurer en grandes pompes en août 1970. Les bandes contenaient des morceaux à différents stades d’achèvement. Certains étaient presque terminés. D’autres n’avaient que des pistes de guitare et de voix, sans batterie complète ni overdubs. Kramer et Mitchell ont dû naviguer dans cet héritage délicat avec une responsabilité immense.
« Freedom » ouvre l’album avec un riff et une énergie qui rappellent immédiatement pourquoi Hendrix était Hendrix. Cette capacité à créer un groove de guitare qui est simultanément un riff de rock, une figure de blues, et une déclaration artistique personnelle : aucun autre guitariste de sa génération ne possédait cette polyvalence absolue. « Freedom » dit tout sur la direction dans laquelle Hendrix allait, vers une musique plus soul, plus funk, plus consciente de ses racines africaines-américaines.
« Angel » est peut-être la plus belle chanson de tout cet album. Une ballade acoustique et électrique d’une grâce et d’une sensibilité qui montrent un Hendrix que le public connaissait moins bien : le poète lyrique, le compositeur de chansons tendres et mélancoliques. La voix de Hendrix sur « Angel » n’est pas la voix du showman qui joue la guitare avec les dents. C’est la voix d’un homme qui parle à quelqu’un qu’il aime avec une douceur absolue.
« Drifting » explore les textures et les ambiances avec une liberté totale. Hendrix construisait sur ces enregistrements un univers sonore dans lequel la guitare est parfois un instrument mélodique, parfois un générateur de textures atmosphériques, parfois un instrument de percussion. Cette polyvalence totale de la guitare comme instrument n’avait pas été explorée avec autant de profondeur avant lui.
Mitch Mitchell à la batterie est peut-être à son meilleur sur cet album. Sa formation jazz lui permettait de répondre aux humeurs et aux variations de Hendrix avec une rapidité et une intelligence qui peu de batteurs de rock pouvaient égaler. Entre Hendrix et Mitchell, il y avait une conversation musicale continuelle, une écoute mutuelle profonde qui est l’essence même du jeu en groupe au plus haut niveau.
Eddie Kramer avait travaillé avec Hendrix depuis les débuts londoniens de sa carrière. Il connaissait sa façon de travailler en studio, ses habitudes, ses intentions. Ce que Kramer a fait avec les bandes inachevées est un acte de fidélité artistique : essayer de comprendre ce que Hendrix aurait voulu, et le réaliser du mieux possible avec les éléments disponibles. Le résultat n’est pas ce que Hendrix aurait fait lui-même. Mais c’est respectueux, honnête et beau.
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