VINYLE
2007 Album

Live at Monterey

par Jimi HENDRIX

4,0
Sortie 2007

18 juin 1967. Monterey, Californie. L’Amerique hippie est en train de se reveiller a elle-meme dans ce festival qui reunit pour la premiere fois les forces vives de la contre-culture musicale. The Who joue. Janis Joplin joue. Simon and Garfunkel joue. Otis Redding joue. Et puis vient un homme de Seattle, naturellement londonien d’adoption depuis six mois, qui s’appelle Jimi Hendrix et que la plupart des spectateurs americains n’ont encore jamais vu. En une heure de concert – une heure qui va rentrer dans la legende, peut-etre l’heure de spectacle rock la plus importante de l’histoire – Hendrix va tout changer. Il va changer la maniere dont on joue de la guitare electrique. Il va changer la maniere dont on pense la relation entre le musicien et son instrument. Il va changer la maniere dont l’Amerique se regarde dans le miroir, parce qu’un homme noir originaire du Sud des Etats-Unis va s’emparer de la guitare electrique – cet outil blanc inventé par Leo Fender pour la country et le rock – et en faire quelque chose que personne n’avait imagine.

Londres, la Fabrication d’un Mythe

Pour comprendre Monterey, il faut comprendre ce qui s’est passe avant. James Marshall Hendrix quitte les Etats-Unis en septembre 1966, aide par Chas Chandler, le bassiste des Animals reconverti en manager. New York ne lui a pas donne sa chance – trop noir pour le rock blanc, trop rock pour le circuit soul, trop bizarre pour tout le monde. Londres, en revanche, est prete pour lui. L’explosion de la scene rock anglaise – The Who, Cream, les Rolling Stones – a cree un public affame de nouveautes, de choc, d’innovation. Jimi forme le Jimi Hendrix Experience avec Noel Redding a la basse et Mitch Mitchell a la batterie, deux Anglais blancs qui servent de cadre a l’explosion de talent de leur leader. En six mois, trois singles – Hey Joe, Purple Haze, The Wind Cries Mary – font de lui une superstar a Londres. Quand il revient en Amerique pour Monterey, il revient en conquérant, avec le credit d’une scene anglaise qui avait appris aux Americains a reevaluer leurs propres musiciens noirs.

La Set List d’une Revolution

Le concert de Monterey est une lecon de prise de risque calculee. Hendrix sait qu’il joue sur son territoire d’adoption – la Californie psychedelique, le San Francisco des hippies – et il sait que son public londonien l’a prepare a ca. Il attaque avec des reprises strategiques : Killing Floor d’Howlin’ Wolf, pour ancrer sa legitimite dans le blues americain. Foxy Lady, pour montrer ce qu’il sait ecrire lui-meme. Like a Rolling Stone de Dylan, pour saluer un ancetre et montrer qu’il peut s’en emparer sans deference excessive. Et puis il y a Wild Thing, la chanson des Troggs transformee en cerimonie shamaniste : Hendrix la joue, la distort, l’etire au-dela de toute reconnaissance, et a la fin, il arrose sa guitare d’essence lighter et y met le feu. La guitare brule. La foule hurle. Le mythe est ne. Ce geste – souvent reduit a un simple coup de theatre – est en realite un sacrifice. Hendrix offre son instrument aux dieux du rock, et les dieux acceptent l’offrande. The Who avaient brise leur materiel avant lui. Lui le consume. C’est different.

La Foxy Lady et la Creation du Langage Hendrixien

La version de Foxy Lady jouee a Monterey est une demonstration parfaite de ce que Hendrix apporte au rock. Le riff d’ouverture, ce descendant chromatique avec vibrato qui defie les descriptions verbales, est immediatement reconnaissable comme une creation unique, impossible a attribuer a quiconque d’autre. Hendrix a invente un langage guitaristique nouveau : l’utilisation du wah-wah comme outil expressif plutot que decoratif, le feedback domestique comme element mélodique, la corde de pouce sur le manche pour les basses pendant que les doigts jouent les aigus, l’amplification poussee jusqu’a la saturation comme couleur musicale. Les guitaristes d’apres Hendrix – tous les guitaristes d’apres Hendrix, sans exception – utilisent des outils qu’il a inventes ou popularises. C’est la definition d’un fondateur.

Cinquante Ans Apres : le Monument Indepassable

La publication de l’enregistrement de Monterey en 2007, pour le quarantieme anniversaire du festival, permet a une nouvelle generation d’entendre ce concert dans les meilleures conditions de son disponibles. La remasterisation reveille des details enfouis – les nuances du jeu de Hendrix, la precision implacable de Mitch Mitchell a la batterie, la basse discrete mais essentielle de Noel Redding. Cinquante ans et plus apres les faits, Live at Monterey reste un document qui stupefie. On ne peut pas ecouter ca sans se demander ou Hendrix aurait emmene la guitare electrique s’il avait eu le temps. Il est mort a vingt-sept ans, en 1970, et la musique n’a jamais vraiment resolu l’enigme de ce qu’il aurait fait avec trente ans, quarante ans, cinquante ans de plus. Live at Monterey nous rappelle que l’Amerique a ete le premier pays a se construire a partir de rien, et qu’un seul homme, en une heure de concert, peut parfois refaire le monde. Hendrix l’a fait ce soir-la, et le monde du rock ne s’en est jamais remis – heureusement.

La note des passionnés

4,0 /5

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