Now, TEN YEARS AFTER (2004) : Alvin Lee et le blues qui n’en finit pas
Woodstock 1969. Dans la boue, sous la pluie, devant 400 000 personnes, un homme joue de la guitare électrique plus vite que quiconque ne l’avait jamais fait. Alvin Lee, guitariste et chanteur de Ten Years After, interprète « I’m Going Home » avec une vélocité qui laisse le public bouche bée. Cette performance immortalisée dans le film de Michael Wadleigh (1970) est l’un des moments fondateurs de la mythologie du rock. On en a fait le guitariste le plus rapide du monde, ce qui est une simplification, mais une simplification qui capture quelque chose de réel.
« Now », sorti en 2004 chez InsideOut Music, est un album de comeback. Ten Years After s’était séparé en 1974, reformé en 1988 pour une tournée, dissous à nouveau, reformé encore. La biographie du groupe est un labyrinthe de séparations et de retrouvailles. En 2004, Alvin Lee est de retour avec une formation reformée.
La Gibson ES-335 et le son signature
Alvin Lee joue sur sa Gibson ES-335, la même guitare demi-caisse qu’il utilisait à Woodstock, qu’il a fait peindre avec des fleurs dans les années soixante et qu’il ne quitte plus. Cette fidélité à l’instrument est caractéristique d’une certaine école du blues-rock britannique des années soixante : vous trouvez votre son, vous le gardez. Clapton avait ses Stratocasters. Page avait sa Les Paul. Lee a sa ES-335.
Le son de cette guitare sur « Now » est chaud, legato, plein de sustain. Lee joue toujours avec cette même façon d’aller chercher les notes comme si elles étaient cachées quelque part dans le manche et qu’il fallait les attraper rapidement avant qu’elles s’échappent.
Blues-rock britannique : une tradition vivante
Ten Years After appartient à la première vague du blues-rock britannique : ces groupes qui, dans les années soixante, ont découvert le blues du Delta américain et en ont fait quelque chose de nouveau. Les Bluesbreakers de John Mayall, les Rolling Stones, Cream, Fleetwood Mac (dans sa période Peter Green), Free, Ten Years After : cette génération a bâti une grande partie de ce qu’on appelle aujourd’hui le rock classique.
Alvin Lee était le plus impressionnant techniquement de cette génération, celui qui poussait le blues vers ses limites de vitesse. Mais la vitesse n’était pas une fin en soi. Elle était au service de l’expression, une façon d’atteindre une intensité émotionnelle particulière.
Les influences : Little Richard et Chuck Berry
Lee a toujours cité Little Richard et Chuck Berry comme ses influences primaires. C’est là qu’il a appris la vitesse : dans les boogie-woogie du rock and roll des années cinquante, dans les riffs en doubles croches de Chuck Berry qui font courir les mains sur les frettes. Le blues du Delta, avec Sonny Boy Williamson et Robert Johnson, a donné la profondeur et la mélancolie. Chuck Berry et Little Richard ont donné l’énergie et la vitesse.
Sur « Now », ces influences sont encore présentes, mais filtrées par cinquante ans d’expérience. Lee joue plus lentement qu’à Woodstock. Il n’en avait de toute façon jamais besoin de jouer aussi vite. C’est une façon de s’affirmer, qui cède maintenant la place à une profondeur plus assurée.
Un come-back sincère
« Now » est un album honnête. Il ne prétend pas révolutionner le blues-rock. Il ne cherche pas à s’adapter aux tendances contemporaines. Il propose simplement : voilà Alvin Lee, voilà Ten Years After, voilà du blues-rock joué par des gens qui ont passé leur vie à apprendre à jouer du blues-rock. Le résultat est une musique solide, sans surprise mais sans déception, qui comblera les amateurs du genre.
Pour les novices, « Now » est une porte d’entrée vers une tradition musicale qui mérite d’être connue. Pour les fans de la première heure qui ont grandi avec les concerts de Woodstock, c’est une façon de retrouver quelque chose qu’ils croyaient peut-être perdu.
Leo Lyons et la section rythmique légendaire
Ric Lee à la batterie et Leo Lyons à la basse forment la section rythmique de Ten Years After depuis l’origine. Ce sont eux qui ont donné au groupe sa capacité à tenir des improvisations longues sans perdre la structure. Ils ont joué ensemble pendant des décennies, se comprenant musicalement sans avoir besoin de se parler. Sur « Now », leur jeu reste précis et ancré dans le blues : ils ne cherchent pas à impressionner, ils cherchent à servir la musique. Leo Lyons joue une basse Fender qui colle aux riffs d’Alvin Lee avec une précision métronomique. Ric Lee frappe avec une économie de moyens qui convient parfaitement au style bluesy du groupe. C’est du musicianship de vétérans : chaque note est choisie, chaque silence est intentionnel. La section rythmique de Ten Years After est aussi une des raisons pour lesquelles leur musique a traversé les décennies sans perdre sa pertinence.
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