Ten Years After
par TEN YEARS AFTER
Ten Years After, album éponyme (1967) : le blues-rock britannique à la vitesse de la lumière
Avant Woodstock et le solo de guitare le plus rapide de l’histoire du rock sur I’m Going Home, avant que Alvin Lee ne devienne le guitariste le plus véloce de sa génération, il y avait ce premier album. Ten Years After, l’éponyme de 1967, est le document brut d’un groupe de Nottingham qui jouait le blues à une vitesse que personne n’avait encore tentée. C’est du blues survitaminé, du rock’n’roll avec un turbo, et c’est une leçon de virtuosité qui laisse pantelant.

Alvin Lee, le guitariste le plus rapide de l’Ouest
Alvin Lee, né en 1944 à Nottingham, avait commencé la guitare à treize ans et jouait déjà des sets de blues dans les clubs à quinze. Sa technique était phénoménale : une main droite d’une vélocité inhumaine combinée à un feeling blues authentique, ce qui le distinguait des purs shredders qui allaient suivre. Lee ne jouait pas vite pour impressionner. Il jouait vite parce que c’est ainsi que le blues sortait de ses doigts.
Les gens disent que je joue trop vite. Mais ils n’ont jamais essayé de jouer le blues quand il vous brûle de l’intérieur. La vitesse, c’est l’urgence du feeling.
Le groupe est un power trio classique complété d’un claviériste : Lee à la guitare et au chant, Leo Lyons à la basse, Ric Lee à la batterie, et Chick Churchill à l’orgue. Le son est brutal, direct, sans fioritures. L’album a été enregistré presque live en studio, captant l’énergie brute du groupe sur scène.
Un blues-rock sans compromis
Le répertoire mélange des originaux et des standards du blues. I Want to Know ouvre l’album avec un riff de guitare tranchant. Spoonful, le classique de Willie Dixon popularisé par Howlin’ Wolf et Cream, est étiré en un jam de dix minutes où Lee déploie sa technique avec une jubilation communicative. Help Me de Sonny Boy Williamson est traité avec respect et puissance.
Fun fact pour les amateurs de vitesse : Alvin Lee jouait une Gibson ES-335 rouge surnommée Big Red, customisée avec un autocollant peace and love sur la caisse. Cette guitare deviendra aussi iconique que la Telecaster de Keith Richards ou la SG de Angus Young. Lee restera fidèle à Big Red pendant toute sa carrière.
L’album ne fit pas de vagues à sa sortie, mais il établit la réputation live du groupe, qui deviendra l’une des attractions les plus populaires du circuit des clubs britanniques. C’est sur scène que Ten Years After trouvait sa vraie dimension : des concerts de deux heures où Lee et ses camarades poussaient le blues dans ses derniers retranchements, transformant chaque morceau en marathon d’improvisation électrique.
Alvin Lee mourra en 2013, à 68 ans, des suites d’une opération cardiaque de routine. Il laisse derrière lui une discographie inégale mais ce premier album reste un coup de poing dans la mâchoire du blues-rock. Ten Years After : dix ans après quoi ? Après le rock’n’roll originel, pardi. Et dix ans après, le blues cognait toujours aussi fort.
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