1980 Album

Back in Black

par AC/DC

4,0
Sortie 1980
Artiste AC/DC

Quand la Grande Faucheuse frappe à la porte d’AC/DC

Février 1980. Londres. Bon Scott, la gueule cassée et la voix en papier de verre d’AC/DC, sort d’une cuite homérique. Un copain le laisse cuver à l’arrière d’une voiture. Le lendemain matin, le hurleur ne se réveille plus. Intoxication alcoolique aiguë. Trente-trois ans. Rideau. Le groupe australien qui venait à peine de faire péter le plafond avec « Highway to Hell » se retrouve décapité, orphelin de son chanteur, sonné comme un boxeur dans les cordes. Les frères Young, Angus et Malcolm, les deux gnomes électriques d’Australie, ont alors un choix simple : tout arrêter et pleurer dans leur bière, ou serrer les dents. Vous connaissez la suite. Ils ont serré les dents. Et ils ont accouché du plus grand pied de nez jamais adressé à la mort dans l’histoire du rock.

Car voilà le miracle : au lieu de sombrer, AC/DC va transformer le deuil en cathédrale de décibels. Ils recrutent Brian Johnson, ancien gosier de Geordie, une casquette de prolo et un timbre de sirène d’usine qui hurle comme si on lui arrachait une dent à la tronçonneuse. Le remplacement parfait. Pas un clone de Bon, non : un type qui apporte sa propre folie. Et c’est ce gaillard, encore tout intimidé, qui va poser sa voix sur l’un des monuments absolus du hard rock.

Aux Bahamas, sous le fouet de Mutt Lange

Direction les Compass Point Studios, à Nassau, aux Bahamas. Le paradis tropical, les cocotiers, la mer turquoise. Sauf que dedans, ça ne rigole pas. Aux manettes : Robert « Mutt » Lange, déjà producteur de « Highway to Hell », un perfectionniste maniaque, un tortionnaire du son qui fera répéter chaque riff jusqu’à l’os. Plusieurs semaines au printemps 1980 pour ciseler un disque taillé dans le granit. Le résultat ? Une production sèche, massive, aérée, où chaque coup de caisse claire vous arrive dans le sternum comme un uppercut. Pas de fioritures, pas de claviers planants, pas de solos interminables. Du rock’n’roll à l’état brut, mais poli comme un diamant noir.

Angus joue toujours en culotte courte d’écolier, Malcolm tient la rythmique la plus implacable de la galaxie (le vrai patron du groupe, soit dit en passant), et la machine tourne au quart de tour. C’est ça, le secret AC/DC : la simplicité absolue, mais exécutée avec une précision suisse et une rage de bûcheron.

Une pochette en noir et une cloche pour les morts

La pochette ? Noire. Entièrement noire. Juste le logo en relief, comme une pierre tombale. Un disque de deuil, un faire-part de décès collé sur les murs du monde entier. Atlantic, paraît-il, trouvait ça trop austère, trop risqué commercialement. Bien joué les comptables : ce sera l’une des pochettes les plus iconiques de tous les temps. Le noir du deuil pour Bon, mais aussi le noir du retour triomphal. Back in Black. Le titre dit tout.

Et puis il y a l’ouverture. « Hells Bells ». Avant le moindre accord, une cloche sonne. Lentement. Funèbrement. Quatre coups glaçants comme un glas. Une vraie cloche de bronze de près d’une tonne, coulée pour l’occasion et enregistrée spécialement. Le rock le plus lourd du monde commence par un enterrement. C’est dire le culot. C’est dire le génie. Cette cloche, c’est l’adieu à Bon Scott, et c’est le signal de la résurrection dans la même seconde. Frisson garanti à chaque écoute, même quarante-cinq ans plus tard.

« Back in Black », « You Shook Me All Night Long » : la grêle de tubes

Soyons clairs : cet album ne contient pas un seul morceau de remplissage. Pas un. Le titre éponyme, « Back in Black », repose sur l’un des riffs les plus reconnaissables de l’humanité, un truc que même votre grand-mère fredonne sans savoir d’où ça vient. C’est devenu l’hymne universel du retour, du come-back, de la revanche.

Et puis arrive « You Shook Me All Night Long », la perle pop-rock du lot, celle qui draguait les radios FM avec son refrain irrésistible et ses double-sens égrillards. La preuve qu’AC/DC, sous la carrosserie de brutes, savait écrire des chansons d’une efficacité diabolique. Ajoutez « Shoot to Thrill », « Rock and Roll Ain’t Noise Pollution », « Have a Drink on Me » (un clin d’oeil pas franchement subtil au pauvre Bon), et vous obtenez une enfilade de classiques digne d’un Best Of déguisé en album studio.

Le mastodonte qui ne mourra jamais

Parlons chiffres, parce qu’ils donnent le vertige. Numéro un en Angleterre, énorme succès aux États-Unis avec un séjour interminable dans les charts. Et surtout : environ 50 millions d’exemplaires écoulés à travers la planète. Cinquante millions. On parle de l’un des albums les plus vendus de tous les temps, et carrément du plus gros album de rock de l’histoire. Pas mal pour un disque né dans les cendres d’un drame, pondu en quelques semaines par un groupe qu’on disait fini.

Voilà la morale de l’affaire : « Back in Black » n’est pas seulement un grand album. C’est une leçon de vie en dix titres. Une démonstration que le rock’n’roll, le vrai, celui qui sent la sueur et la transpiration des stades, peut naître de la pire des tragédies et finir en triomphe planétaire. Les frères Young auraient pu raccrocher les guitares. Ils ont préféré faire sonner la cloche, brancher les amplis et cracher au visage de la mort. Quarante-cinq ans plus tard, le disque tourne toujours, et il vous botte toujours les fesses avec la même violence. Un monument. Un vrai. De ceux qu’on ne déboulonne jamais.

La note des passionnés

4,0 /5

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