VINYLE
1977 Album

Let There Be Rock

par AC/DC

4,5(1)
Sortie 1977
Artiste AC/DC

Il y a des albums qui ne laissent aucun doute sur ce qu’ils sont dès les premières secondes. « Let There Be Rock » d’AC/DC, sorti en mars 1977, est de ceux-là. Quand la guitare d’Angus Young attaque le riff d’ouverture du premier morceau, on sait exactement à quoi on a affaire : du rock and roll dans sa forme la plus directe, la plus physique, la plus dénuée d’ambiguïté. Un groupe australien venu de Sydney via Glasgow et Melbourne, qui a décidé que le rock and roll était une chose sacrée et qu’il fallait le traiter comme tel.

AC/DC a été fondé à Sydney en 1973 par les frères Young : Malcolm à la guitare rythmique et Angus à la guitare solo. Le groupe s’est stabilisé autour de Bon Scott au chant, Phil Rudd à la batterie et Mark Evans à la basse. Cette formation est celle qui a enregistré « Let There Be Rock », et c’est la formation classique dont le son définit la première époque du groupe.

Angus Young est l’un des grands guitaristes de rock and roll, et « Let There Be Rock » est l’album qui dit le mieux pourquoi. Son jeu est ancré dans la tradition de Chuck Berry et de Keith Richards mais poussé vers une intensité et une puissance qui appartiennent à une autre époque. Il joue ses solos en uniforme d’écolier, ce qui est soit la mise en scène la plus simple de l’histoire du rock soit la plus efficace : difficile de savoir lequel. En tout cas, la mise en scène n’enlève rien à la qualité du jeu.

Malcolm Young, moins visible qu’Angus mais tout aussi essentiel, tient la guitare rythmique avec une conviction et une précision qui font que le son du groupe est ce qu’il est. Son jeu de guitare rythmique est l’un des plus solides et des plus influents du hard rock : des accords nets, un sens du timing absolu, une façon de tenir un riff qui fait que les chansons avancent avec une inexorabilité physique.

Bon Scott est le contrepoint parfait aux guitares Young. Sa voix, rauque et expressives, chante les textes avec une ironie et une énergie qui font que les situations les plus ordinaires sonnent comme des épopées. Scott est un personnage de rock and roll au sens le plus classique du terme : un homme qui a choisi de vivre ce mode de vie avec une conviction totale et qui le célèbre dans chaque chanson qu’il chante.

La chanson titre, « Let There Be Rock », est la pièce la plus ambitieuse et la plus célèbre de l’album. Huit minutes et vingt-quatre secondes de rock and roll pur, construit autour d’un riff de guitare qui ne s’arrête jamais de progresser, avec des solos d’Angus qui sont d’une fluidité et d’une inventivité qui démentent l’image simpliste du groupe qu’on lui colle parfois. La chanson raconte l’invention du rock and roll en termes quasi-bibliques : « In the beginning, back in nineteen fifty-five… » C’est de la mythologie musicale au sens propre.

« Whole Lotta Rosie » est la chanson la plus directement festive de l’album, un hommage à une admiratrice rencontrée en Australie chanté avec une joie et une vitalité qui sont contagieuses. C’est l’un des hymnes les plus joués en concert par le groupe pendant des décennies, une chanson qui crée une atmosphère de celebration collective à chaque fois qu’elle commence.

« Dog Eat Dog », « Bad Boy Boogie » et les autres morceaux de l’album maintiennent un niveau d’énergie et de conviction qui ne faiblit jamais. AC/DC n’a jamais cherché à faire des albums variés où les tempos changent et les atmosphères se succèdent pour créer de la diversité. Leur diversité, c’est celle d’un rock and roll qui peut être plus ou moins rapide, plus ou moins hard, mais qui reste toujours lui-même.

« Let There Be Rock » est l’album qui a établi AC/DC comme une force incontournable dans le rock international. Il annonçait « Highway to Hell » de 1979 et « Back in Black » de 1980, deux des albums les plus vendus de l’histoire du rock. Mais il y a dans « Let There Be Rock » quelque chose de plus brut et de plus immédiat que dans ces albums ultérieurs, une crudité de production qui dit qu’on était encore au début de quelque chose.

La trajectoire d’AC/DC depuis « Let There Be Rock » jusqu’aux albums de la fin des années soixante-dix est celle d’un groupe qui a affiné et concentré ce qu’il faisait sans jamais le trahir. « Powerage » en 1978, « Highway to Hell » en 1979 avec une production plus soignée de Robert John « Mutt » Lange : chaque album a rendu le son un peu plus clair, un peu plus précis, sans jamais perdre l’énergie brute qui était la raison d’être du groupe. « Let There Be Rock » est l’album où cette énergie est à son état le plus pur, avant que la sophistication ne l’affine. Pour ceux qui aiment le rock dans sa forme la plus directe, c’est aussi l’album le plus satisfaisant de leur discographie.

La note des passionnés

4,5 /5

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