1970 Album

Sex Machine (Live!)

par James BROWN

4,0
Sortie 1970
Genres funk · rhythm-n-blues · soul

James Brown en concert en 1970 est l’expérience musicale la plus intense qu’il soit possible de vivre. Le « Hardest Working Man in Show Business » , titre qu’il s’était lui-même attribué et qu’il méritait entièrement , donnait des spectacles de trois heures, dansait sans s’arrêter, chantait avec une puissance et une précision qui défient toute explication rationnelle. Sex Machine (Live!), enregistré au Augusta Municipal Auditorium en Géorgie, est la meilleure preuve sonore de cette réalité.

« Sex Machine » , la chanson qui ouvre l’album , est la définition du funk. Pas une définition théorique ou académique mais physique, immédiate, incompréhensible à quiconque ne l’entend pas. Le groove de la batterie de Clyde Stubblefield, la basse de William « Bootsy Collins » qui vient de rejoindre le groupe, les cuivres de la Famous Flames, la guitare de Jimmy Nolen , tout converge vers un état de transe collective qui est l’équivalent musical de l’extase religieuse.

Bootsy Collins, 18 ans lors de ces sessions, est une révélation. Sa basse slap , ce son claquant et rebondissant que Larry Graham avait inventé chez Sly Stone mais que Collins va pousser encore plus loin , est d’une virtuosité et d’une invention qui stupéfient. Brown a reconnu immédiatement le talent de Collins , il l’a engagé sur le champ et l’a placé au centre du nouveau son qui se développait dans son groupe.

L’interaction entre Brown et son public sur cet album live est aussi un spectacle. Brown parle, improvise, demande au public de répondre, lance des exclamations qui deviennent des éléments musicaux à part entière. Son « Get up, get on up! » , mantra de « Sex Machine » , est une invitation, un ordre, une prière, une incantation. Le public répond comme une congrégation à un prédicateur.

Brown était un showman total , ses genoux qui glissent sur la scène, son manteau de cape, ses faux évanouissements que ses assistants venaient interrompre avec un manteau, ses retours triomphaux au micro. Ces éléments visuels étaient inseparables de sa musique live. Mais même sans les voir, sur l’enregistrement seul, la présence de Brown est palpable , une force physique qui traverse le son.

La transition de Brown entre les années soixante , JB’s Famous Flames, « Please Please Please », « I Got You (I Feel Good) », « Papa’s Got a Brand New Bag » , et les années soixante-dix , le funk pur, « Super Bad », « Get Up (I Feel Like Being a) Sex Machine », « The Payback » , est illustrée par cet album live qui se situe exactement au pivot. On entend le funk qui est déjà là, pleinement formé, mais aussi le showmanship soul des années précédentes.

Clyde Stubblefield, le batteur, mérite une mention séparée. Son groove sur « Sex Machine » , cette façon de jouer avec et contre la pulsation, de créer une tension rythmique qui donne l’impression que le temps lui-même se plie , est l’un des samples les plus repris de l’histoire du hip-hop. Des décennies de musique populaire se construiront sur ce groove de 1970.

Sur X : @jamesbrown

James Brown mourra le jour de Noël 2006, à 73 ans. Sa contribution à la musique populaire américaine , rhythm and blues, funk, soul, et à travers eux le hip-hop, la house, la techno, toutes les musiques de danse du dernier demi-siècle , est irremplaçable. Godfather of Soul, Mr. Dynamite , les titres honorifiques s’accumulent pour tenter de nommer quelque chose qui dépasse les mots.

Cet album live est la meilleure introduction à James Brown pour qui ne l’aurait jamais entendu , plus direct que les enregistrements studio, plus immédiat, plus physique. La musique de Brown n’était pas faite pour être écoutée assis dans un fauteuil : elle était faite pour être dansée, criée, vécue dans le corps. Ce disque live le prouve.

La formation que Brown utilise en 1970 , les JBs, un groupe distinct des Famous Flames de la décennie précédente , est l’une des machines à funk les plus efficaces que l’histoire de la musique populaire ait produites. Outre Bootsy Collins, elle comprend Catfish Collins (frère de Bootsy) à la guitare, Clyde Stubblefield et Jabo Starks à la batterie en alternance. Ces musiciens ont littéralement inventé la rhythmique funk en jouant sous la direction exigeante de Brown.

Le « one » , le premier temps de la mesure que Brown emphatisait comme principe rythmique fondamental , est la contribution théorique de Brown à la musique populaire. « Hit me on the one! » était son instruction perpétuelle à ses musiciens. Cette façon d’organiser le groove autour du premier temps plutôt que du backbeat conventionnel du rock a transformé la façon dont des générations de musiciens pensent le rythme.

James Brown a influencé la musique populaire de deux façons distinctes : par ses compositions et performances, et par le développement d’un style de production centré sur le groove rythmique plutôt que sur la mélodie ou l’harmonie. Cette deuxième contribution est peut-être la plus durable , elle définit encore aujourd’hui la façon dont la musique de danse est produite, dans la house, le hip-hop, l’afrobeats. L’héritage de Brown est partout dans la musique populaire du XXIème siècle.

Brown a eu avec le hip-hop une relation particulière. Il était samplé si fréquemment par les producteurs rap dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix qu’il devenait difficile de compter les chansons qui lui empruntaient un riff, un groove, un extrait vocal. Cette présence dans le hip-hop a paradoxalement rendu Brown plus visible auprès des jeunes générations qui ne l’avaient pas connu en concert , une seconde vie musicale dans un genre qu’il n’avait jamais pratiqué.

La note des passionnés

4,0 /5

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