Sortie 1971

Bill Withers. Slab Fork, Virginie-Occidentale, 1971. Il y a des voix qui portent en elles toute l’histoire d’où elles viennent. La voix de Bill Withers porte en elle les montagnes charbonneuses de Virginie-Occidentale, la chaleur des cuisines de ses grands-mères, les dimanches à l’église, les heures de travail dans l’usine de Boeing où il fabriquait des pièces d’avions pendant des années avant d’oser croire que sa musique pouvait nourrir sa vie. Quand cette voix chante « Ain’t No Sunshine », elle ne joue pas un sentiment. Elle le vit.

William Harrison Withers Jr. est né le 4 juillet 1938 à Slab Fork, une petite ville minière du comté de Raleigh en Virginie-Occidentale. Il est le plus jeune de six enfants d’une famille pauvre. Son père est mort quand il avait neuf ans. Il a grandi dans la pauvreté mais entouré de musique : les chants de l’église, les spirituals des mineurs, les ballades country que les radios diffusaient dans les foyers de la région. Tout cela est dans sa voix.

Il n’a pas commencé à enregistrer sérieusement avant l’âge de trente-deux ans. Neuf ans de service dans la marine américaine. Une décennie de petits boulots en Californie. Et puis la décision de risquer, une cassette envoyée à des labels de Los Angeles, et le producteur Booker T. Jones qui entend quelque chose d’unique. Jones, le pianiste et arrangeur de Booker T. and the MGs, le groupe qui avait défini le son de Stax Records, avait l’oreille pour le talent authentique. Il avait entendu quelque chose dans la demo de Withers qui lui avait semblé irremplaçable.

« Ain’t No Sunshine » avait été composée après que Withers a regardé le film « Days of Wine and Roses » de Jack Lemmon et Lee Remick sur les ravages de l’alcoolisme dans un couple. La répétition obsessionnelle de « I know » vingt-six fois dans la chanson avait semblé bizarre à certains musiciens de session lors de l’enregistrement. Booker T. les avait convaincus de la laisser telle quelle. Cette répétition était le coeur de la chanson : la façon dont la douleur de l’absence se répète dans la tête, encore et encore, jusqu’à devenir une litanie.

Stephen Stills joue de la guitare sur « Ain’t No Sunshine ». Cette contribution d’un des guitaristes les plus respectés de la scène rock américaine dit quelque chose sur la façon dont l’industrie musicale de Los Angeles en 1971 fonctionnait : les musiciens les plus talentueux se prêtaient et s’empruntaient les uns aux autres, sans frontières de genre ou de label. Stills apporte une sobriété et une expressivité à sa partie de guitare qui complètent parfaitement la sobriété et l’expressivité de la voix de Withers.

« Grandma’s Hands » est peut-être la chanson la plus profondément personnelle de l’album, un portrait de la grand-mère de Withers qui chantait et priait, dont les mains étaient le signe visible d’une vie entière consacrée aux autres. La mélodie est simple, le rythme est celui d’un bercement, et la voix de Withers dit quelque chose sur l’amour familial et le souvenir des personnes aimées qui est d’une vérité absolue.

« Just as I Am » est sorti sur Sussex Records et a remporté le Grammy de la Meilleure chanson Rhythm and Blues. Un debut qui ressemble à une arrivée depuis longtemps attendue.

Sur X : @billwithers

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Just as I Am