1973 Album

Black Caesar

par James BROWN

4,0
Sortie 1973
Genres funk · soul

James Brown en 1973 était dans l’une des périodes les plus prolixes et les plus commercialement agressives de sa carrière. Il sortait des albums a un rythme industriel – plusieurs par an – et chaque nouveau projet ajoutait une couche nouvelle a une discographie déja monumentale. Black Caesar, la bande originale du film blaxploitation du même nom, s’inscrit dans une tendance du début des années soixante-dix : les films destinés au public afro-américain créaient une demande de bandes sonores qui correspondaient a l’esthétique funk et soul de leur audience, et James Brown était le candidat évident pour répondre a cette demande.

Le film Black Caesar (1973), réalisé par Larry Cohen, est une réinterprétation du Scarface original dans un contexte de Harlem contemporain. Le personnage principal – un criminel afro-américain qui monte dans la hiérarchie du crime organisé new-yorkais – est un avatar de l’ambition et de la violence dans le contexte de la politique des droits civiques et des tensions raciales de l’Amérique des années soixante-dix. La bande originale de Brown devait capturer a la fois la brutalité et la grandeur tragique du personnage.

« Down and Out in New York City » est la chanson centrale de la bande originale – un funk mélodique avec un texte qui décrit la vie dans les rues de New York depuis la perspective d’un homme qui lutte pour survivre dans un système qui ne lui a pas donné les memes chances qu’a d’autres. Brown chante avec une conviction et une colère contenues qui font de cette chanson plus qu’un simple générique de film : c’est une déclaration politique sur la réalité de la vie noire urbaine en Amérique.

L’instrumentation de la bande originale est caractéristique du son Brown de cette période : les guitares rythmiques de Hearlon Martin « Cheese » et de Fred Wesley au trombone forment le squelette funk, les cuivres de la JB’s apportent la puissance orchestrale, et la batterie de John « Jabo » Starks crée le groove de base sur lequel tout le reste s’appuie. Brown avait affiné cette formule pendant des années et elle fonctionnait ici avec l’efficacité d’une machine bien huilée.

« Mama’s Dead » et « The Boss » illustrent la capacité de Brown a passer du funk dansant a quelque chose de plus sombre et de plus dramatique. La bande originale d’un film de genre demandait cette versatilité – il fallait de la musique de danse pour les scènes de fete, de la musique angoissante pour les scènes de tension, de la musique mélancolique pour les moments de réflexion. Brown couvrait tout ce spectre avec une facilité qui prouvait son statut de musicien complet.

James Brown avait également enregistré la bande originale de Slaughter’s Big Rip-Off la meme année, montrant son appétit de travail et sa productivité légendaires. Cette capacité de produire de la musique en quantité sans sacrifier la qualité est l’une des caractéristiques les plus remarquables de sa carrière. Brown vivait pour la musique, pour la scène, pour l’enregistrement – c’était sa raison d’etre, et cette passion transparait dans chaque chanson qu’il a enregistrée.

Black Caesar est un document de l’Amérique noire de 1973 autant qu’une bande originale de film. La blaxploitation comme genre cinématographique a été critiquée – et parfois a juste titre – pour sa tendance a glorifier certains aspects de la culture criminelle noire. Mais les meilleures bandes sonores de ces films – dont celle-ci, comme celle de Marvin Gaye pour Trouble Man ou de Isaac Hayes pour Shaft – ont capturé quelque chose d’essentiel sur l’energie, l’ambition et la frustration de la communauté afro-américaine dans une période de transformation politique et sociale profonde.

James Brown avait une relation particulière avec le cinéma blaxploitation qui mérite d’etre analysée. Ces films – Black Caesar, Slaughter’s Big Rip-Off, Super Fly de Curtis Mayfield, Shaft d’Isaac Hayes – représentaient pour la communauté afro-américaine une visibilité dans la culture populaire mainstream qui avait été historiquement refusée. Les personnages principaux n’étaient pas des serviteurs ou des criminels secondaires : c’étaient des héros complexes, défaillants parfois, mais possédants une agentivité et une dignité que le cinéma hollywoodien traditionnel ne donnait généralement pas aux personnages noirs.

La bande originale de Black Caesar a été bien reçue commercialement, confirmant que Brown pouvait atteindre le public des bandes sonores aussi bien que son public naturel de funk et de soul. Polydor Records, son label de l’époque, avait compris l’opportunité commerciale et avait soutenu ces projets cinématographiques avec l’enthousiasme que méritait la marque James Brown – un nom qui était en lui-meme une garantie de qualité et de succès potentiel.

Brown allait continuer a dominer la scène funk américaine tout au long des années soixante-dix, mais la période 1972-1973 est particulièrement intéressante parce qu’elle montre sa capacité a s’adapter a de nouveaux contextes – le cinéma, la politique (son soutien a l’administration Nixon lui avait valu des critiques de la communauté noire), les nouvelles configurations musicales – sans jamais perdre l’essentiel de ce qui le rendait unique. Black Caesar est un document de cette période de transition.

Sur X : @JamesBrownSoul

La note des passionnés

4,0 /5

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