Mothership Connection
par PARLIAMENT
George Clinton est l’un des grands maîtres du funk, incontournable pivot avec James Brown et Sly Stone… Une grosse dose de « folie » et d’audaces en tous genres font de lui le Frank Zappa du genre. Il fonde the Parliaments dans les années 50, puis radicalise sa vision sous le nom Parliament et son alter ego Funkadelic.
La mythologie P-Funk et le Vaisseau Mère
George Clinton naît à Kannapolis, Caroline du Nord, en 1941. Il arrive à Newark, New Jersey, à l’adolescence et fonde les Parliaments dans un salon de coiffure où il travaille. Le groupe commence par chanter du doo-wop, puis de la soul, puis quelque chose que personne ne sait vraiment nommer. À la fin des années 60, Clinton développe une vision musicale et conceptuelle unique : le P-Funk, une cosmologie délirante où la Mère Terre est sauvée de la banalité par l’arrivée du Vaisseau Mère chargé de Funk pur.
Bootsy Collins, ex-bassiste de James Brown, rejoint l’opération en 1972 et apporte avec lui ses frères et camarades de la JB’s, dont les indispensables Fred Wesley et Maceo Parker aux cuivres. Bernie Worrell, pianiste et organiste de génie, complète le noyau. Ce qui se passe ensuite est l’une des aventures collectives les plus étranges et les plus fertiles de la musique populaire américaine.
Give Up the Funk et le groove cosmique
« Give Up the Funk (Tear the Roof off the Sucker) » est le single emblématique de l’album. Un groove de seize mesures construit sur la basse pulsante de Bootsy, les cuivres de Wesley et Parker, les claviers organiques de Worrell, et les chants collectifs de dix chanteurs et chanteuses dont la plupart répondent au titre de « Dr. Funkenstein » ou « Starchild ». La chanson est une invitation au abandon total dans la musique, à la dissolution des inhibitions dans le groove cosmique. « We want the funk / Give us the funk. »
L’album est enregistré aux studios United Sound de Detroit, sous la direction du producteur Bootsy Collins et de Clinton lui-même. La production est délibérément excessive : trop de basses, trop de cuivres, trop de voix, trop de tout. C’est le principe fondateur du P-Funk : l’excès comme esthétique, la démesure comme philosophie, la folie comme acte de résistance contre la grisaille du monde ordinaire.

Le Vaisseau Mère descend à Detroit
En concert, Parliament-Funkadelic déploie un spectacle visuel aussi ambitieux que la musique : un vaisseau spatial géant descend sur la scène, Clinton en sort vêtu d’une combinaison de fourrure et coiffé d’une couronne, et la foule entre en transe. Ces concerts des années 1976-78 sont devenus légendaires. Ils ont influencé directement Michael Jackson (les danses, la théâtralité), Prince (la sexualité frondeuse), et des décennies de hip-hop.
« Mothership Connection » sera sampléé des centaines de fois par des producteurs de hip-hop et de R&B. Dr. Dre, Snoop Dogg, Ice Cube, Kendrick Lamar : tous sont des enfants du P-Funk. George Clinton, qui n’a jamais vraiment eu la reconnaissance commerciale de certains de ses contemporains, a exercé une influence artistique qui dépasse de loin la plupart des best-sellers de son époque. C’est la revanche tranquille du Vaisseau Mère : il arrive sans qu’on l’annonce, et il reste.
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