Sortie 1968
Artiste Jeff BECK

Truth, Jeff Beck (1968) : le guitariste le plus sous-estimé du rock invente le heavy blues

Il y a Clapton, le gentleman du blues. Il y a Hendrix, le shaman de la stratocaster. Il y a Page, l’architecte du riff. Et puis il y a Jeff Beck, le guitariste le plus admiré par les guitaristes, le plus technique, le plus imprévisible, le plus aventurier dans sa quête sonore permanente, et le moins connu du grand public. Truth, son premier album solo en 1968, est un coup de tonnerre de blues-rock lourd et massif qui aurait dû changer le monde. Led Zeppelin lui a volé la vedette de six mois à peine. L’injustice est cosmique et définitive.

Pochette Truth Jeff Beck 1968

Le line-up de rêve absolu

Regardez cette formation de malade : Jeff Beck à la guitare, Rod Stewart au chant avec cette voix rauque incomparable, Ron Wood à la basse avec son groove naturel, Nicky Hopkins au piano (le plus grand pianiste de session du rock, point final), et Mick Waller à la batterie qui cogne comme un bûcheron. Deux futurs Rolling Stones dans le même groupe. Le son est énorme, saturé, volcanique : guitare qui hurle, voix de Stewart qui déchire, riffs de plomb fondu qui vous tombent dessus comme des météorites.

Jimmy était mon ami. Mais quand j’ai entendu le premier album de Led Zeppelin, j’ai compris qu’il avait fait exactement ce que je voulais faire, en mieux et en plus gros. L’histoire n’est pas toujours juste.

L’album mélange reprises de blues classique (Willie Dixon, Muddy Waters) et compositions originales avec une aisance naturelle. Shapes of Things, reprise magistrale du hit des Yardbirds, est transformée en machine de guerre. Beck’s Bolero, instrumental co-composé avec Page et enregistré avec Keith Moon et John Paul Jones, préfigure le rock orchestral de Led Zeppelin. Morning Dew, la folk song de Bonnie Dobson, devient un blues psychédélique dévastateur d’une beauté sombre.

Fun fact lourd de sens : Beck avait contacté John Bonham pour jouer la batterie sur Truth avant que Page ne le recrute pour Zeppelin. Le destin a tenu à un seul coup de fil.

Jeff Beck est mort en janvier 2023, à 78 ans. Il laisse derrière lui une discographie d’une exigence absolue et un statut unique dans l’histoire du rock : le guitariste que les guitaristes vénèrent en silence. Truth est son acte de naissance artistique, brut, puissant, visionnaire. La vérité historique, c’est que sans cet album fondateur, le hard rock n’existerait peut-être pas sous la forme qu’on lui connaît.

La note des passionnés

4,0 /5

Pas encore noté

Donnez votre note

Continuer l'exploration

L'anthologie continue

Truth