1970 Album

The Twelve Dreams of Dr. Sardonicus

par SPIRIT

4,0
Sortie 1970
Artiste SPIRIT

Il y a des albums qui semblent en avance sur leur temps de cinq ou dix ans. The Twelve Dreams of Dr. Sardonicus de Spirit est de ceux-la. Sorti en novembre 1970 sur Epic Records, c’est le quatrieme album d’un groupe de Los Angeles qui n’a jamais vraiment trouve la reconnaissance commerciale qu’il meritait, mais qui a influence presque tous les grands groupes de rock progressif et de hard rock des annees qui ont suivi. Les musiciens connaissent Spirit meme si le grand public l’a parfois oublie.

Spirit est un groupe atypique, meme dans l’Amerique rock de 1970. Le guitariste Randy California, de son vrai nom Randy Craig Wolfe, ne en 1951 a Los Angeles, est un prodige absolu, un gamin qui a joue avec Jimi Hendrix avant meme d’avoir seize ans. Ed Cassidy a la batterie est son beau-pere, un ancien jazzman qui apporte a la musique du groupe une dimension rythmique sophistiquee qu’on ne trouve guere dans le rock de l’epoque. Jay Ferguson au chant et aux claviers, Mark Andes a la basse et John Locke aux claviers completent une formation d’une richesse musicale peu commune.

La connexion Hendrix merite une explication. Randy California avait rencontre Jimi Hendrix a New York en 1966, alors qu’Hendrix cherchait des musiciens pour son propre groupe. Le jeune Randy avait joue avec lui pendant quelques mois, absorbant une facon d’aborder la guitare electrique qui allait marquer toute sa carriere. Cette influence se sent dans le son de Spirit : une guitare qui ne se contente pas d’accompagner, qui colore, qui texture, qui invente des espaces sonores inedits plutot que de simplement jouer les accords et les riffs attendus.

‘Mr. Skin’ ouvre l’album avec une energie celebratoire qui annonce immediatement la couleur : c’est du rock, mais du rock qui pense. Le riff de Randy California est accrocheur sans etre simpliste. Les arrangements de David Briggs, le producteur, laissent de l’espace a chaque instrument sans jamais encombrer le tableau sonore. C’est une chanson qui se danse et qui se cogite en meme temps, une combinaison que peu de groupes savent reussir.

‘Nature’s Way’ est l’autre grand moment de l’album, une ballade acoustique d’une beaute sereine qui parle du rapport de l’homme a la nature avec une conscience ecologique qui etait alors tres peu repandue dans le rock. ‘It’s nature’s way of telling you something’s wrong’ : un message simple et universel, enveloppe dans une melodie qui reste dans la tete pour toujours. La chanson annonce avec une prescience troublante les preoccupations environnementales qui vont marquer toute la decennie suivante et qui n’ont fait que grandir depuis.

La production de David Briggs, qui travaillera aussi avec Neil Young pendant toute cette periode et pendant des decennies, apporte a l’album un son organique et chaleureux qui capture parfaitement l’energie live du groupe tout en ajoutant une dimension studio soignee. C’est un album qui sonne vrai, qui sonne joue par des gens qui croyaient vraiment dans ce qu’ils faisaient et qui le faisaient pour les bonnes raisons.

L’album a suscite une conversation musicologique notable dans les annees qui ont suivi. La composition ‘Taurus’, instrumental de Randy California qui figurait sur le premier album de Spirit en 1968 et qui avait ete jouee en concert pendant toute cette periode, presente des similitudes avec l’introduction acoustique de ‘Stairway to Heaven’ de Led Zeppelin. Les deux groupes avaient partage des scenes a la fin des annees 1960, Led Zeppelin ayant ouvert pour Spirit lors de leur premiere tournee americaine. La question de l’inspiration mutuelle reste debattue parmi les historiens du rock.

Spirit n’a jamais ete reconnu a la hauteur de son talent de son vivant comme groupe actif. Trop original pour les formats radio de l’epoque, trop sophistique pour le grand public du hard rock qui privilegiait la puissance brute sur la subtilite. Ce positionnement entre deux mondes lui a coute la visibilite commerciale mais lui a valu l’admiration durable de tous les musiciens qui ont pris le temps de les ecouter attentivement.

Redecouvert au fil des decennies par les amateurs de rock vintage et les historiens de la musique, The Twelve Dreams of Dr. Sardonicus trone aujourd’hui dans de nombreuses listes des albums les plus sous-estimes de l’histoire du rock americain. Une oeuvre qui cherchait quelque chose de plus grand que la reussite immediate et qui a finalement trouve sa place dans la memoire collective de ceux qui aiment leur musique profonde et durable.

La note des passionnés

4,0 /5

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The Twelve Dreams of Dr. Sardonicus