Sortie 1976
Genres proto-punk · punk rock

Enregistré en trois jours et mixé en une seule nuit, cet album est, en 1976, le premier manifeste américain de la contre-culture et de l’alternative punk… ou comment redonner du sens au rock dans sa simplicité, son minimalisme, sa vitalité, son authenticité et son énergie.

Forest Hills, Queens : les enfants du vide

Les Ramones viennent de Forest Hills, un quartier résidentiel de Queens, New York, qui n’a a priori rien de la bohème artistique du Village ou d’Alphabet City. Jeffrey Hyman (Joey Ramone), John Cummings (Johnny Ramone), Douglas Colvin (Dee Dee Ramone) et Thomas Erdelyi (Tommy Ramone) sont des adolescents des banlieues américaines qui ont vécu le déclin des idéaux des années 60 sans y avoir vraiment participé. Ils sont nés trop tard pour Woodstock, trop tôt pour la disco. Il leur manque quelque chose à quoi croire.

Ce quelque chose, ils décident de l’inventer. En 1974, ils commencent à jouer ensemble dans le sous-sol de la maison des parents de Dee Dee, avec une règle simple : pas de solos, pas d’improvisation, pas de musique progressive, pas de show-off. Des chansons courtes, directes, avec trois accords et un refrain qu’on ne peut pas oublier. Le temps moyen d’une chanson des Ramones : deux minutes et dix secondes.

Blitzkrieg Bop, Hey Ho Let’s Go

« Blitzkrieg Bop » est la chanson d’ouverture de l’album et l’hymne de guerre du punk à venir. « Hey! Ho! Let’s go! » : quatre mots, une idée, un mouvement. Le riff de Johnny Ramone est basé sur les mêmes accords que des centaines de chansons des années 50, mais joué à une vitesse qui transforme la familiarité en agression joyeuse. Joey Ramone hurle avec une urgence qui semble absolument sincère, sans le moindre filtre artistique entre l’émotion et le microphone.

Craig Leon, le producteur, enregistre l’album pour 6 400 dollars. Il comprend que ces chansons n’ont besoin de rien de plus que ce qu’elles sont : une guitare, une basse, une batterie, une voix. Chaque ornement supplémentaire serait un mensonge. La prise de son est directe, presque brutale, mais pas amateure : chaque élément est clairement audible, chaque chanson occupe exactement l’espace dont elle a besoin et pas un pouce de plus.

L’album qui a changé la musique en 29 minutes

L’album dure vingt-neuf minutes. Quatorze chansons. « Now I Wanna Sniff Some Glue », « Beat on the Brat », « I Wanna Be Your Boyfriend » : des titres qui sont en eux-mêmes des manifestes. Pas de prétention littéraire, pas de concept philosophique, pas de pochette artistique avec des équipements sophistiqués. Juste quatre gars de Queens dans des jeans et des vestes en cuir qui jouent aussi vite que possible des chansons aussi courtes que possible.

L’album se vend mal à sa sortie. Mais il est entendu par tous les musiciens qui formeront le punk en Grande-Bretagne : les Sex Pistols, les Clash, les Buzzcocks, the Damned. Joe Strummer dira : « Quand j’ai entendu les Ramones pour la première fois, j’ai pleuré. » Tous les groupes importants de la fin des années 70 et du début des années 80 ont entendu ce disque et en ont été transformés. « Ramones » est l’album qui a donné la permission à toute une génération de musiciens de jouer, même sans technique parfaite, même sans budget, même sans approbation de l’industrie musicale. L’album le plus libérateur de la décennie.

La note des passionnés

4,0 /5

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Ramones