À peine sortis de l’adolescence (Paul Weller, guitare, a tout juste 18 ans alors), les Jam s’imposent en 1977 aux côtés des Clash et Sex Pistols en leader de scène punk anglaise. Leur démarche est toute différente cependant : ils revendiquent leur filiation aux Who et à la culture mod des années 60.
Woking et l’amour des Mods
Paul Weller naît à Woking, Surrey, en 1958. Son père John, ancien boxeur reconverti en manager, le soutient dans sa passion musicale depuis l’enfance. Weller découvre les Who à dix ans et l’effet est définitif : cette énergie comprimée, ces accords de guitare brefs et cinglants, cette rage articulée dans une structure pop, c’est exactement ce qu’il veut faire. Il forme les Jam avec Bruce Foxton (basse) et Rick Buckler (batterie) à Woking en 1972 quand il a quatorze ans.
En 1977, pendant que les Sex Pistols brûlent les drapeaux et que les Clash s’engagent politiquement, les Jam portent des costumes italiens taillés et des chaussures à bouts pointus. Ils revendiquent explicitement la culture mod des années 60 : les scooters, le dépôt des influences américaines filtré par une sensibilité anglaise très précise, et l’idée que l’élégance visuelle fait partie de l’attitude. Ce choix les distingue immédiatement dans le paysage punk de 1977.
In the City et Art School
« In the City » est le single d’ouverture, deux minutes dix d’un rock nerveux et direct qui doit tout à la première période des Who : des accords de guitare ciselés, une ligne de basse mobile, une batterie qui frappe avec précision, et Weller qui chante avec une urgence juvénile absolument sincère. « In the city there’s a thousand things I want to say to you. » C’est l’énergie brute d’un garçon de dix-huit ans qui a trouvé ses mots et son son.
« Art School » montre un autre aspect : la conscience de classe d’un fils de boxeur qui observe les fils de bourgeois suivre des études d’art et jouer aux rebelles. Weller n’est jamais tendre avec ceux qu’il perçoit comme des dilettantes de la rébellion. Cette mordacité sociale, qui sera encore plus développée dans ses albums suivants, est déjà pleinement présente ici.
Away from the Numbers
« Away from the Numbers » est la chanson la plus personnelle de l’album. Elle parle du désir de s’échapper du troupeau, de ne pas devenir un numéro dans une masse indifférente. C’est une thématique qui traverse toute la carrière de Weller : l’individu face au collectif, l’authenticité face à la conformité. Ces préoccupations, exprimées à dix-huit ans avec une netteté qui surprend, annonçent déjà le Weller des années 80 avec the Style Council et sa carrière solo.
Les Jam se dissoudront en 1982, sur décision unilatérale de Weller qui ne veut pas que le groupe devienne une machine commerciale. C’est une décision rare et admirée : quitter volontairement au sommet. « In the City » est le point de départ de cinq ans de disques essentiels, et il est déjà pleinement accompli dans sa vision.
Plus de The JAM
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration




