1977 Album

Blank Generation

par Richard HELL

4,5(1)
Sortie 1977
Genres punk rock

Bassiste chez Television, Richard Hell quitte le groupe en 1975, pour avoir fait trop d’ombre à Tom Verlaine. À la mi-1976, il crée les Voidoids avec les guitaristes Ivan Julian et Robert Quine, et le batteur Marc Bell. L’album « Blank Generation » est une des grandes réalisations du punk new-yorkais.

Richard Meyers, la littérature et le CBGB

Richard Hell s’appelle en réalité Richard Meyers. Il est né à Lexington, Kentucky, en 1949 et arrive à New York à l’adolescence avec l’ambition d’être poète. Il fréquente la scène littéraire de la ville, lit Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, les poètes beat. Avec Tom Miller (qui deviendra Tom Verlaine), il forme Television en 1973, l’un des groupes fondateurs de la scène CBGB.

Hell invente le look punk avant que le terme existe : cheveux coupés en brosse, vêtements déchirés épinglés, attitude frontale et provocatrice. Malcolm McLaren viendra s’inspirer de ce style pour construire l’image des Sex Pistols. C’est une ironie que Hell n’a jamais complètement digérée : son image est devenue mondiale sous un autre nom.

Robert Quine et les deux guitares

Robert Quine est le musicien le plus fascinant de l’album. Guitariste de formation jazz reconverti au punk, il joue avec une précision atonale qui doit autant à Ornette Coleman qu’aux Stooges. Ses solos sur « Blank Generation » ne ressemblent à rien d’autre dans le punk de l’époque : ils sont construits sur une logique propre, dissonante, délibérément inconfortable, qui empêche la chanson de jamais devenir simplement confortable.

Ivan Julian, le second guitariste, apporte un contrepoint plus ancré, plus proche du rock traditionnel. Cette double guitare, l’une cherchant constamment à se soustraire à la grille harmonique et l’autre la maintenant, est la signature sonore des Voidoids et ce qui distingue musicalement cet album du punk de l’époque.

Blank Generation, la phrase et l’album

La chanson « Blank Generation » donne un titre à une époque. Hell reprend la formule de Jack Kerouac (« Beat Generation ») et la vide de son contenu : la génération « blank » est une génération sans définition imposée, libre de se définir elle-même ou de refuser toute définition. « I belong to the blank generation / And I can take it or leave it each time. » C’est plus ambigu que le nihilisme simple qu’on lui attribue parfois.

Marc Bell, le batteur, rejoindra les Ramones en 1978 sous le nom de Marky Ramone. Sa présence dans cet album est un des nombreux fils qui relient la scène CBGB en un réseau dense de collaborations et d’échanges. « Blank Generation » est un document essentiel de cette scène, moins connu que les albums des Ramones ou de Patti Smith mais aussi précis dans sa vision et aussi cohérent dans son exécution.

La note des passionnés

4,5 /5

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