Blondie, BLONDIE (1976) : l’OVNI du CBGB
En 1976, le CBGB au 315 Bowery à Manhattan est l’endroit le plus important de la musique populaire mondiale. C’est là que les Ramones ont inventé le punk américain, que Television repense la guitare rock, que Patti Smith réunit la poésie et le rock. Et c’est là qu’un groupe appelé Blondie joue régulièrement, formé autour de la chanteuse et mannequin Debbie Harry et du guitariste Chris Stein. Blondie, leur premier album sorti chez Private Stock Records en 1976, capture quelque chose d’unique dans ce moment new-yorkais : un mélange de punk, de new wave, de pop sixties et de girl groups qui ne ressemble à rien d’autre dans l’effervescence du CBGB.
X Offender et le détournement du genre
« X Offender » (initialement intitulé « Sex Offender » avant que le label ne demande un changement de titre) est le single de lancement. La chanson tourne autour d’une rencontre entre une femme et un agent de police, avec un double sens maintenu tout au long du texte qui doit tout aux girl groups des années soixante dans sa forme et qui dit quelque chose de beaucoup plus moderne dans son contenu. Debbie Harry chante avec une innocence de façade qui est l’opposé exact de l’innocence réelle – une performance calculée de la naïveté qui est déjà une forme de subversion.
Chris Stein joue une guitare qui doit autant aux Ramones qu’aux Shangri-Las, avec cette énergie directe du punk mais aussi des mélodies soigneusement construites qui le distinguent des puristes de la brutalité sonore. Richard Gottehrer produit l’album avec une compréhension de la pop qui remonte à son travail avec les groupes de filles des années soixante – il a co-écrit « My Boyfriend’s Back » et « I Want Candy » dans une vie antérieure.
In the Flesh : la beauté qui déconcerte
« In the Flesh » est l’une des plus belles chansons de l’album, une ballade pop d’une mélodie immédiatement accessible qui dégage une mélancolie douce et légèrement surréaliste. La voix de Harry flotte au-dessus d’une instrumentation à la fois rétro et moderne, avec ce paradoxe temporel qui va devenir la marque de fabrique de la new wave en général et de Blondie en particulier.
Harry a une présence vocale unique. Elle ne chante pas avec la puissance d’une rock chanteuse conventionnelle. Elle chante avec une désinvolture légèrement distante, comme si les émotions qu’elle exprime lui arrivaient de loin, filtrées par une ironie bienveillante. C’est une façon de chanter qui doit quelque chose à la tradition du cool jazz – Chet Baker plutôt que Janis Joplin – appliqué à la pop et au punk.
La scène du CBGB comme contexte
Blondie est souvent traité comme un objet à part dans la scène du CBGB, en raison de son orientation pop plus assumée que les Ramones, Television ou Patti Smith. Mais cette pop assumée est précisément sa contribution originale au moment. Blondie prouve qu’il est possible d’être accessible sans être stupide, d’être mélodieux sans être conformiste, de jouer avec les conventions du pop sans les subir.
Debbie Harry va devenir une icône culturelle qui dépasse largement le cadre de la musique. Sa façon de jouer avec les clichés du glamour et de la féminité – en les incarnant et en les questionnant simultanément – est un acte culturel qui influence des générations d’artistes femmes dans et hors de la musique.
La préfiguration de ce qui vient
Ce premier album de Blondie ne ressemble pas encore tout à fait à ce qu’ils vont devenir avec « Heart of Glass », « Rapture » et « Call Me ». Mais il contient en germe toutes les qualités qui vont s’épanouir : le sens mélodique de Harry et Stein, leur capacité à traverser les genres, leur refus des catégories fixes. C’est l’album d’un groupe qui n’a pas encore trouvé son public mais qui sait déjà très bien qui il est.
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