Sortie 1973

La puissance brute

Février 1973. Iggy and the Stooges publient Raw Power, leur troisième album, enregistré à Londres avec David Bowie comme producteur. C’est l’album qui donne au groupe son nom définitif dans l’histoire de la musique : avant Raw Power, les Stooges étaient un groupe culte de Detroit dont l’influence était surtout ressentie par les musiciens. Après Raw Power, ils deviennent une référence incontournable pour toute une génération de musiciens qui formeront le punk rock en 1976 et 1977.

Iggy Pop, né James Newell Osterberg Jr. à Muskegon, Michigan, en 1947, a développé au fil des premiers albums des Stooges une façon d’être sur scène et d’occuper un microphone qui n’avait aucun précédent dans le rock. Sa présence physique, sa façon de se mettre en danger, sa relation viscérale avec le public, sa voix qui peut passer du murmure à l’éclat en une seconde : tout cela crée une intensité performative qui transcende les chansons elles-mêmes.

James Williamson, qui rejoint le groupe pour remplacer Ron Asheton à la guitare lead (Asheton passant à la basse), joue avec une énergie et une précision qui donnent à Raw Power son architecture musicale. Son riff d’introduction sur Search and Destroy est l’un des grands riffs d’ouverture du rock, immédiat et massif, qui établit en quatre notes l’atmosphère et l’intention de l’album entier.

David Bowie producteur

David Bowie était en 1973 au sommet de son personnage Ziggy Stardust, star mondiale, et il choisissait soigneusement les projets annexes qui méritaient son attention. Sa décision de produire Raw Power dit quelque chose sur sa curiosité musicale et sur ce qu’il entendait dans la musique des Stooges : quelque chose de fondamentalement différent du glam rock poli qu’il construisait pour lui-même, quelque chose de plus brut et de plus immédiat qui touchait aux racines les plus physiques du rock.

Le mix de Bowie, livré à CBS Records, sera jugé trop doux par Iggy lui-même, qui fera son propre remix en 1997 avec beaucoup plus de présence des guitares et de la batterie. Les deux versions existent, chacune avec ses qualités propres : le mix de Bowie est plus équilibré et plus écoutable sur les petits systèmes, le remix d’Iggy est plus fidèle à l’intention originale du groupe.

Gimme Danger est la face mélancolique de l’album, une ballade lente et tendre qui montre une dimension de vulnérabilité émotionnelle qu’Iggy ne montre pas souvent. Sa voix y est plus douce, plus exposée, et l’arrangement minimaliste laisse chaque note de guitare résonner dans un espace ample et aéré. C’est une belle chanson dans le sens le plus direct du terme.

L’influence qui ne finit pas

Les Sex Pistols, les Clash, les Ramones, les Cramps, Siouxsie and the Banshees, et des dizaines d’autres groupes du punk et du post-punk ont cité Raw Power comme une influence directe. Trente ans après sa sortie, le magazine Rolling Stone le classe parmi les cent meilleurs albums de tous les temps. Son impact sur la musique qui suit est incommensurable et continue encore aujourd’hui à se faire sentir dans chaque groupe qui joue fort et vite avec deux guitares, une basse et une batterie.

— Discographie —

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La note des passionnés

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Raw Power