Bad Company est l’aboutissement logique de deux trajectoires musicales britanniques qui se rejoignent au bon moment. D’un côté, Paul Rodgers et Simon Kirke, anciens de Free, portent avec eux le blues rock le plus pur et la voix la plus convaincante du rock britannique des années soixante-dix. De l’autre, Mick Ralphs, ancien de Mott the Hoople, apporte ses instincts rock and roll, son sens des riffs et une expérience de la scène qui complète parfaitement le gravitas de Rodgers. Et a la basse, Boz Burrell, ancien de King Crimson, qui a fait le chemin le plus improbable – des structures mathématiques du prog d’une des formations les plus intellectuelles du rock vers le blues rock le plus direct et le plus physique.
Le premier album éponyme est une déclaration d’intention remarquable dans sa concision et sa cohérence. Bad Company sait exactement ce qu’il veut faire : du rock fort, direct, mélodique, avec des chansons qui s’imposent au premier contact et qui grandissent a chaque réécoute. Il n’y a pas d’expérimentation, pas d’ambition progressive, pas de tentative de faire quelque chose de « nouveau » : juste de la musique rock dans ce qu’elle a de plus efficace et de plus beau.
« Can’t Get Enough » ouvre l’album avec un riff de guitare de Ralphs qui est l’une des grandes réussites du hard rock classique. Simple, immédiatement mémorable, construit sur une progression harmonique qui a quelque chose du blues mais qui est entièrement au service du rock. La voix de Rodgers entre et change la dimension de la chanson : une voix pareille – cette profondeur, cette chaleur, cette façon de donner l’impression de chanter directement dans votre oreille – n’existe pas dans beaucoup d’autres endroits dans le rock britannique de l’époque.
« Rock Steady » et « Ready for Love » (chanson que Ralphs avait déja enregistrée avec Mott the Hoople, mais dont cette version est la définitive) montrent la versatilité du groupe dans un cadre stylistique cohérent. « Ready for Love » en particulier est une ballade d’une beauté déchirante, avec un piano de Ralphs d’une simplicité et d’une émotion directes et une montée en puissance vocale de Rodgers qui est l’une des grandes performances de sa carrière.
Le label du groupe, Swan Song Records, avait été fondé par Led Zeppelin pour leur propre production et celle de leurs artistes favoris. Peter Grant, le manager de Zeppelin, gérait aussi Bad Company. Cet environnement – entourés par les meilleurs du genre, avec les ressources et la liberté qu’il impliquait – était idéal pour l’éclosion d’un groupe qui n’avait pas besoin de compromis pour réussir.
L’album a été enregistré au célèbre Rockfield Studio au Pays de Galles, le meme studio que Dave Edmunds avait contribué a développer. La production de Rodgers et de Bad Company eux-memes – pas de grand producteur extérieur, juste le groupe qui savait ce qu’il voulait – a ce son caractéristique : chaleureux, puissant, avec chaque instrument a sa place dans un mix qui favorise la clarté plutôt que la texture.
Bad Company a atteint la première place des charts britanniques et américains. Paul Rodgers est souvent cité comme « the voice » – la voix – par ses contemporains et par les musiciens des générations suivantes. Des artistes aussi différents que Freddie Mercury et Steven Tyler reconnaissent son influence. Et le premier album de Bad Company, enregistré au moment précis ou le groupe avait trouvé sa formule parfaite, est la document le plus direct de ce que cette voix et ce groupe pouvaient accomplir.
L’enregistrement de l’album de Bad Company au château de Clearwell dans le Gloucestershire était en lui-meme une déclaration d’intention. Ces vieilles demeures gothiques anglaises étaient devenues des studios d’enregistrement privilégiés pour les groupes de rock britanniques des années soixante-dix – Led Zeppelin avait enregistré une partie de Physical Graffiti dans des conditions similaires. Il y avait quelque chose dans ces espaces anciens, leurs réverbérations naturelles et leur isolement, qui donnait aux enregistrements une qualité sonore particulière.
Paul Rodgers reste l’un des chanteurs les plus influents de l’histoire du rock britannique. Sa façon de chanter – avec une puissance qui semble effortless, une expressivité qui n’est jamais calculée, une capacité a habiter les textes de simples chansons rock comme s’ils contenaient une vérité universelle – est la qualité qui distingue Bad Company de leurs contemporains. Des chanteurs comme Steve Perry de Journey ou Robert Plant (qui avait lui-meme appris de Sam Cooke et d’Otis Redding) reconnaissent la dette du hard rock britannique envers cette tradition vocale dont Rodgers est le plus grand représentant.
Le succès de l’album a également lancé une tournée américaine qui a établi Bad Company comme l’une des formations live les plus demandées des États-Unis. Leur façon de jouer en concert – puissante, directe, sans artifice, sans pyrotechnie – correspondait exactement a ce que le public rock américain de 1974 voulait. Après les excès du glam rock et les ambitions du rock progressif, il y avait une soif de quelque chose de plus simple et de plus musclé, et Bad Company y répondait parfaitement.
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