1968 Album

Journey to the Center of the Mind

par The AMBOY DUKES

4,0
Sortie 1968

Journey to the Center of the Mind, Amboy Dukes (1968) : le proto-metal psychédélique de Ted Nugent avant la folie

Avant de devenir le républicain le plus bruyant du rock américain, le chasseur à l’arc et le défenseur du deuxième amendement le plus tonitruant de la planète, Ted Nugent était un gamin de Detroit qui jouait de la guitare comme un possédé et qui trempait sa Gibson Byrdland dans l’acide le plus violent de 1968. Les Amboy Dukes, son groupe de jeunesse, ont sorti Journey to the Center of the Mind, un album de rock psychédélique sauvage qui annonce le hard rock avec une énergie brute et joyeuse.

Pochette Journey to the Center of the Mind Amboy Dukes 1968

Le tube hallucinogène que Nugent renie

La chanson-titre est un hymne psychédélique sur le voyage intérieur (comprendre : le trip au LSD) qui devint un hit surprise au numéro 16 des charts américains. L’ironie suprême : Nugent, qui prétend n’avoir jamais touché à la drogue de sa vie, a toujours nié que la chanson parle de substances illicites. Les paroles, écrites par le chanteur John Drake, sont pourtant sans équivoque. Nugent s’en tient à sa version : c’est une chanson sur l’introspection intellectuelle. On le croit si on veut.

Cette chanson parle de la puissance de l’esprit humain, pas de drogues. Les gens entendent ce qu’ils veulent entendre.

L’album est un mélange de rock psychédélique, de blues-rock et de proto-metal. Le jeu de guitare de Nugent, agressif et sans compromis, anticipe le hard rock des années 70. Les riffs sont lourds, la distortion est poussée, l’énergie est explosive. C’est du rock de Detroit, la ville de MC5 et des Stooges, et ça s’entend : pas de douceur hippie ici, juste de la puissance et de la vitesse.

Detroit contre San Francisco

Fun fact géographique : Detroit en 1968 est le contre-modèle de San Francisco. Pas de fleurs, pas d’amour libre, pas de contemplation cosmique. C’est une ville ouvrière, dure, bruyante, où le rock est une extension de l’usine automobile : mécanique, puissant, productif. Les Amboy Dukes sont le son de cette ville, et Nugent en est le porte-parole le plus tonitruant.

Nugent poursuivra une longue carrière solo couronnée de succès dans les années 70 avec Cat Scratch Fever et Stranglehold. Ses positions politiques controversées éclipseront sa musique à partir des années 2000. Mais sur Journey to the Center of the Mind, il n’y a pas de politique, juste un guitariste de 19 ans qui joue à une vitesse et une intensité phénoménales.

Le voyage au centre de l’esprit commence ici, dans un studio de Detroit en 1968, avec un gamin qui ne prend pas de drogue mais qui joue comme s’il était sous l’emprise de toutes les substances connues. Allez comprendre.

La note des passionnés

4,0 /5

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