Vanilla Fudge
par VANILLA FUDGE
Vanilla Fudge, album éponyme (1967) : le rock lourd est né à Long Island
Quand on parle des origines du heavy metal et du hard rock, on cite toujours les mêmes : Led Zeppelin, Black Sabbath, Deep Purple. Mais avant eux tous, en 1967, quatre types de Long Island ont eu l’idée de prendre des tubes pop connus de tout le monde et de les ralentir, de les alourdir, de les gonfler d’orgue Hammond et de les transformer en cathédrales sonores pesantes et majestueuses. Vanilla Fudge, l’album éponyme, est le proto-metal que personne n’attendait. Et il a changé le rock pour toujours.

Ralentir pour mieux frapper
Le concept est simple et génial : prendre des hits de la pop et de la soul, You Keep Me Hangin’ On des Supremes, Eleanor Rigby des Beatles, Ticket to Ride, People Get Ready de Curtis Mayfield, et les jouer à un tempo beaucoup plus lent, avec un son beaucoup plus lourd, transformant des chansons de trois minutes en épopées de sept ou huit minutes.
On voulait montrer ce qu’il y avait sous la surface de ces chansons pop. Les ralentir, c’était comme utiliser un microscope sonore. On découvrait des profondeurs que personne n’avait entendues.
Le résultat sur You Keep Me Hangin’ On est stupéfiant. Le tube disco des Supremes devient un blues-rock pesant et dramatique, avec l’orgue de Mark Stein qui gronde, la basse de Tim Bogert qui pulse, la batterie de Carmine Appice qui frappe comme un marteau-pilon, et la guitare de Vince Martell qui pleure. C’est un son que personne n’avait entendu avant, un son qui annonce directement Led Zeppelin et Black Sabbath.
L’influence souterraine
Fun fact documenté : John Bonham et Jimmy Page assistaient aux concerts de Vanilla Fudge en Angleterre en 1967 et 1968. L’influence est directe et avouée. La lourdeur, la lenteur, la pesanteur dramatique du son de Led Zeppelin, tout cela germe en partie dans l’écoute de Vanilla Fudge. Carmine Appice, batteur virtuose qui jouait avec des baguettes de la taille de massues, est une influence directe sur Bonham.
Tim Bogert, le bassiste, est un monstre technique qui joue avec un son énorme et une agressivité qui préfigure le bass playing de Geezer Butler et John Paul Jones. Le tandem Bogert-Appice est l’une des sections rythmiques les plus puissantes du rock des années 60, et ils finiront d’ailleurs par former un groupe avec Jeff Beck en 1972.
Le poids du son
L’album est produit par Shadow Morton, connu pour son travail avec les Shangri-Las (Leader of the Pack), un producteur qui aimait le drame, la grandiloquence, les effets théâtraux. La rencontre entre Morton et Vanilla Fudge est parfaite : les deux parties partagent le goût de la démesure, du spectacle sonore, de l’opéra rock avant la lettre.
La version de Eleanor Rigby est particulièrement frappante : le morceau des Beatles, déjà sombre dans l’original, devient ici un cauchemar de cathédrale, l’orgue de Stein jouant les lignes de cordes de George Martin avec une lourdeur quasi religieuse. Ticket to Ride est ralenti au point de devenir méconnaissable, transformé en un blues cosmique de plus de sept minutes.
Vanilla Fudge n’a jamais eu la reconnaissance qu’il méritait. Trop lourds pour les hippies, trop psychédéliques pour les amateurs de blues, trop en avance sur leur temps pour être compris en 1967. Mais leur influence est partout. Chaque riff ralenti, chaque orgue pesant, chaque batterie de plomb dans le hard rock des années 70 leur doit quelque chose. Les fondateurs invisibles du rock lourd. Respect.
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