1977 Album

Rocket To Russia

par The RAMONES

4,0
Sortie 1977
Genres proto-punk · punk rock

Trois albums en dix-huit mois. Les Ramones en 1977 fonctionnaient à une vitesse et avec une productivité qui auraient épuisé n’importe quel autre groupe, mais pour eux, l’urgence était la substance même de leur musique. « Rocket to Russia », sorti en novembre 1977, est généralement considéré comme leur meilleur album, celui où toutes les dimensions de leur art s’expriment simultanément avec la plus grande intensité. C’est l’album qui prouve définitivement que la simplicité peut être une forme de sophistication, que la vitesse peut être une forme d’élégance, et que le fun peut être une philosophie musicale sérieuse.

L’album est enregistré alors que le punk britannique est à son apogée. Les Sex Pistols ont sorti « Never Mind the Bollocks » le même mois. Les Clash sont en pleine ascension. La culture punk, que les Ramones avaient contribué à créer et à définir sans nécessairement s’y reconnaître, est partout. Et les Ramones, dans ce contexte, produisent un album qui n’a rien à envier à aucun de ses contemporains : pas plus agressif que le punk britannique, mais plus précis, plus mélodique, plus rigoureusement construit.

« Rockaway Beach » est peut-être la chanson la plus parfaite que les Ramones aient jamais écrite. Elle prend la tradition de la surf music des années soixante, de Jan and Dean et des Beach Boys, et la transporte dans le Queens de 1977 avec une légèreté et une joie qui font que la chanson semble être de tous les temps. La mélodie est immédiate, le tempo est parfait, et Joey Ramone chante avec une décontraction qui fait que ces deux minutes douze semblent durer exactement le temps qu’il faut.

« Do You Wanna Dance » est la reprise de la chanson de Bobby Freeman de 1958, et les Ramones en font quelque chose qui dit leur amour authentique pour le rock and roll des origines. Ce n’est pas de la nostalgie calculée : c’est la reconnaissance que le rock and roll à sa source était simple, direct et joyeux, et que cette simplicité n’avait pas besoin d’être abandonnée pour être honnête.

« Here Today, Gone Tomorrow » est l’une des chansons les plus mélancoliques de l’album, un moment où la vitesse ralentit légèrement et où Joey Ramone montre qu’il peut chanter quelque chose de plus intime et de plus doux. Cette capacité à la tendresse, rare dans un contexte punk, est l’une des caractéristiques les plus distinctives des Ramones par rapport à leurs contemporains britanniques.

« Sheena Is a Punk Rocker » apparaît ici dans une version légèrement différente de celle de « Leave Home », preuve que les Ramones n’hésitaient pas à recycler leurs meilleures chansons d’un album à l’autre quand la situation le demandait.

La production de Tony Bongiovi et Tommy Ramone est à son meilleur sur cet album, avec un son de guitare particulièrement efficace et une clarté de production qui permet d’entendre chaque élément sans que l’ensemble perde sa densité. La basse de Dee Dee Ramone est plus présente dans le mix que sur les albums précédents, ce qui donne à l’album une fondation plus solide.

Tommy Ramone, qui quittait le groupe peu après cet album pour être remplacé à la batterie par Marky Ramone, livre ici ce qui est peut-être sa meilleure performance avec le groupe. Son jeu de batterie, rapide et précis, est l’engine qui propulse les chansons sans jamais les écraser. La façon dont il maintient le tempo sur les morceaux les plus rapides tout en laissant un espace minimal pour que les autres musiciens respirent est un accomplissement technique qui mérite d’être reconnu.

« Rocket to Russia » a été élu meilleur album punk de tous les temps par plusieurs publications musicales au fil des décennies. Ce jugement collectif dit quelque chose sur la façon dont cet album a vieilli : non pas comme un document historique, mais comme une oeuvre qui continue de fonctionner musicalement sur ses propres termes, cinquante ans après avoir été enregistré. Les Ramones avaient compris quelque chose d’essentiel sur ce que la musique populaire peut faire à son meilleur : être simple, directe, joyeuse, et par ces qualités, intemporelle.

Après « Rocket to Russia », les Ramones ont continué à enregistrer et à tourner avec une productivité remarquable, mais sans jamais tout à fait retrouver l’éclat particulier de leurs trois premiers albums. La trilogie 1976-1977 reste leur contribution la plus durable à l’histoire du rock : trois disques enregistrés en dix-huit mois qui ont changé ce que la musique populaire pouvait faire. Johnny Ramone a dit que l’album qu’il aurait voulu pouvoir enregistrer après les trois premiers était quelque chose d’entièrement différent, mais que la formule des Ramones était la formule des Ramones et qu’on n’en changeait pas. Cette fidélité à une identité musicale, contraignante pour les artistes, est précisément ce qui a rendu leur héritage aussi cohérent et aussi solide.

La note des passionnés

4,0 /5

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