Le premier album des Clash est un événement considérable. Ils assassinent symboliquement les pères : Elvis, Beatles, Rolling Stones ! Et dans un ouragan de fraîcheur et de liberté, avec une candeur pure et dure, ils inventent quelque chose d’entièrement nouveau.
Notting Hill, 1976 : la colère qui s’organise
Joe Strummer et Paul Simonon assistent au Carnaval de Notting Hill en août 1976. La police et les jeunes immigrés caribéens s’affrontent dans les rues. C’est l’un des premiers grands affrontements raciaux dans les rues de Londres, et il laisse une trace directe dans la musique des Clash : « White Riot », le premier single du groupe, est leur réponse. Une déclaration d’inconfort et de solidarité en même temps : des blancs qui regardent les noirs se battre pour leur dignité et qui se demandent comment agir.
Joe Strummer (né John Graham Mellor, fils d’un diplomate) a abandonné ses studies à l’École des Beaux-Arts pour jouer dans les squats et les pubs. Mick Jones vient d’un milieu plus populaire mais partage la même certitude : le rock de 1976 est mort d’embourgeoisement. Paul Simonon, le plus beau du groupe, apprend à jouer de la basse après avoir rejoint les Clash : il collera les positions des doigts sur son manche. Terry Chimes joue de la batterie pour les premières sessions avant d’être remplacé par Topper Headon.
Janie Jones et les deux premières minutes
« Janie Jones » ouvre l’album. Deux minutes deux secondes. Un riff de guitare, une ligne de basse immédiate, et Strummer qui chante avec une urgence qui semble physique, comme s’il ne pouvait pas retenir les mots plus longtemps. La chanson parle d’un bureau, d’un fonctionnaire qui rêve d’être autre chose, et de Janie Jones (une vraie madame Jonnes britannique du milieu du proxénétisme qui venait d’être condamnée). L’image est absurde et parfaitement juste en même temps.
« London’s Burning » est la troisième chanson de l’album, avec son introduction de guitare qui monte comme une sirène et sa description de Londres la nuit depuis l’autoroute : « London’s burning with boredom now. » L’ennui comme combustible de la révolte : les Clash ont compris quelque chose d’important sur ce qui motive les gens ordinaires à faire des choses extraordinaires.

Police and Thieves et l’amour du reggae
« Police and Thieves » est une reprise de Junior Murvin, chanteur reggae jamaïcain, produite originellement par Lee « Scratch » Perry. Les Clash la jouent à leur façon, en la gardant dans le tempo reggae mais en l’électrifiant avec des guitares punk, créant un hybride unique qui annonce le futur du groupe : le rock contre la société, mais enrichi de toutes les musiques qui ont en commun d’exprimer la résistance des opprimés.
Le premier album des Clash ne sortira pas aux États-Unis pendant deux ans (Epic Records juge qu’il ne se vendra pas là-bas). Il sortira finalement en 1979 avec trois titres supplémentaires, incluant « Complete Control » produit par Lee Perry. Cette version deviendra l’une des références absolues du punk américain. Mais l’original de 1977, enregistré pour moins de cinq mille livres en trois semaines, reste le document le plus brûlant : une colère jeune, une intelligence politique, et une énergie musicale qui n’a pas pris une ride.
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