London Calling, The CLASH (1979) : l’album qui redéfinit tout
Il existe dans l’histoire du rock des albums qui changent les règles du jeu. London Calling, double album de The Clash sorti en décembre 1979 chez CBS Records et produit par Guy Stevens, est de ceux-là. Joe Strummer, Mick Jones, Paul Simonon et Topper Headon signent ici une oeuvre qui transcende toutes les catégories : punk, reggae, rockabilly, ska, rhythm and blues, jazz – tout coexiste sur ces deux disques avec une naturelle aisance qui semble miraculeuse. Vendu au prix d’un simple album, il reste l’un des actes de générosité les plus fous de l’histoire de l’industrie musicale.
La chanson titre : l’urgence de la transmission
« London Calling » ouvre l’album avec l’un des riffs de basse les plus reconnaissables de toute l’histoire du rock. Paul Simonon joue ces quatre notes et le monde change de tempo. Joe Strummer chante avec une urgence qui est celle d’un homme qui a quelque chose d’important à dire et peu de temps pour le dire. La chanson emprunte son titre et son imagerie aux émissions de la BBC World Service – cette radio qui envoyait des signaux au monde entier depuis Londres. Les Clash se substituent à cette instance de transmission : ils ont un message, et ils l’envoient.
Musicalement, la chanson est d’une efficacité redoutable. Topper Headon à la batterie joue avec une précision et une puissance qui donnent à l’ensemble son ossature. Mick Jones à la guitare ajoute des accords qui poussent en avant. L’ensemble est comme une locomotive qui accélère : impossible de ne pas suivre.
Rudie Can’t Fail : le ska de Londres
« Rudie Can’t Fail » est l’une des chansons les plus joyeuses du répertoire des Clash – ce qui est dire dans un groupe dont la joie n’est jamais loin même quand les sujets sont sérieux. Construite sur un rythme ska direct et communicatif, elle chante la vie du jeune Londonien caribéen avec une affection et une précision qui révèlent la profondeur de la connaissance que Simonon – fan de reggae et de ska depuis l’enfance – a de cette culture musicale.
Les cuivres qui ponctuent la chanson lui donnent une légèreté qui contraste avec la gravité de certains autres titres du double album. Cette capacité à varier le registre émotionnel sans perdre la cohérence d’ensemble est l’une des marques du grand album.
The Guns of Brixton : Simonon prend la parole
Paul Simonon chante « The Guns of Brixton » – sa propre composition, l’une des rares qu’il signe seul – avec une voix grave et mate qui est l’opposé exact du chant expressif de Strummer. Ce contraste crée l’effet voulu : la chanson parle de Brixton, quartier de South London où Simonon a grandi, avec une sobriété factuelle qui est plus parlante que n’importe quel excès émotionnel. Le reggae qui soutient la chanson est joué avec une authenticité qui vient de l’absorption directe, pas de l’imitation.
Train in Vain : la surprise finale
« Train in Vain », ajoutée à l’album à la dernière minute et non listée sur la pochette originale, devient le premier grand hit radio du groupe aux États-Unis. C’est une chanson d’amour directe et sincère, très éloignée du punk politique habituel des Clash – une preuve supplémentaire de leur capacité à aller là où on ne les attend pas.
London Calling figure régulièrement en tête des classements des meilleurs albums de tous les temps. C’est un album qui s’écoute en entier, qui se redécouvre à chaque écoute et qui dit quelque chose d’essentiel sur ce que peut être le rock quand il est fait par des gens qui lui font vraiment confiance.
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