1978 Album

Road To Ruin

par The RAMONES

4,0
Sortie 1978
Genres proto-punk · punk rock

Plus pop musicalement, moins nihiliste philosophiquement, cet album de l’un des plus grands porte-parole du punk a surpris en son temps… il n’en est sans doute que plus humain et plus touchant!

Tommy part, Marky arrive

Tommy Ramone, le batteur fondateur du groupe et le producteur de leurs deux premiers albums, quitte les Ramones en 1978. C’est une perte significative : Tommy était le musicien le plus formé du groupe, celui qui avait compris comment enregistrer cette énergie brute sans la dénaturer. Son remplaçant est Marc Bell, qui change son nom en Marky Ramone et apporte une technique de batterie plus classique, plus musclée, qui change subtilement le son du groupe.

Tommy Ramone reste producteur de « Road to Ruin » malgré sa démission de la scène. Cette continuité dans la production permet à l’album d’avoir une cohérence avec les précédents tout en évoluant vers quelque chose de nouveau. Les chansons sont plus longues (certaines dépassent les trois minutes, ce qui est une révolution pour un groupe qui avait fait de la vitesse une philosophie), les arrangements sont plus variés, et il y a même une chanson avec une guitare acoustique.

I Wanna Be Sedated

« I Wanna Be Sedated » est peut-être la chanson la plus connue des Ramones après « Blitzkrieg Bop ». Écrite par Joey Ramone pendant une période d’ennui profond entre deux concerts en tournée, elle exprime le désir de ne rien sentir, d’être anesthésié face à la monotonie de la vie en road movie permanent. « Twenty twenty twenty four hours to go / I wanna be sedated. » La mélodie est mémorable, l’énergie est intacte, et le sentiment d’enfermement qu’elle décrit est universel.

« Don’t Come Close » et « I’m Against It » sont dans la même veine : des chansons courtes, directes, avec des mélodies qui restent en tête immédiatement. Ce qui change par rapport aux premiers albums, c’est précisément cette mélodie : on entend sur « Road to Ruin » un Joey Ramone qui commence à embrasser ouvertement la pop, à construire des refrains chantables, à s’éloigner de l’urgence pure pour explorer quelque chose de plus durable.

La maturité sans la trahison

Les puristes punk de 1978 ont accueilli « Road to Ruin » avec méfiance : le groupe trahissait-il les principes du premier album en s’assagissant? En réalité, les Ramones n’ont jamais prétendu rester au même endroit pour toujours. Joey en particulier est un amateur de pop mélodique depuis l’enfance : il aime les girl groups des années 60, les grandes mélodies radiophoniques, les Beach Boys. Cette part de lui commence à s’exprimer plus librement sur cet album.

« Road to Ruin » se tient entre le punk et la power-pop avec une honnêteté qui est la marque des Ramones depuis le début. Ils ne font pas semblant d’être plus rebelles qu’ils ne le sont, ils ne prétendent pas non plus être un groupe de pop normale. Ils sont les Ramones, avec leurs jeans, leurs vestes en cuir et leur passion pour les mélodies mémorables, et cet album est une étape logique dans l’évolution d’un groupe qui durera encore quinze ans.

La note des passionnés

4,0 /5

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Road To Ruin