Héritier des Kinks et des Beatles, du rock-n-roll, de la country et de Dylan, Elvis Costello, avec sa culture rock kaléidoscopique, est une incontournable articulation du début des années 80. Grand parolier doublé d’un talent mélodique certain, il porte la voix de la nouvelle vague britannique.
Declan McManus et la bibliothèque secrète
Elvis Costello s’appelle en réalité Declan Patrick MacManus. Il naît à Londres en 1954, fils d’un trompettiste de jazz irlandais qui joue dans l’orchestre de dance de Billy Cotton. Il grandit entre Liverpool et Londres, dans une famille musicale où la pop anglaise des années 60 (Beatles, Kinks, Who) cohabite avec la country américaine (Hank Williams, George Jones) et le soul (Otis Redding, Sam Cooke). Cette éducation éclectique va définir toute son écriture.
Il adopte le nom « Elvis Costello » pour sa carrière : « Elvis » en hommage à Elvis Presley et « Costello » du nom de jeune fille de sa grand-mère irlandaise. Le personnage qu’il projette est calculé : lunettes de comptable, costume froissé, attitude légèrement intimidante. C’est le rock star le plus improbable imaginable, et c’est exactement l’intention.
Alison, la ballade qui dit tout
« Alison » est la chanson la plus connue de l’album, et l’une des plus belles ballades de la décennie. Un narrateur observe une femme qu’il connaît, mariée à quelqu’un d’autre, et lui avoue ses sentiments avec une lucidité déchirante : il sait que ça ne peut pas marcher, il sait qu’elle ne reviendra pas, et il chante quand même. « I know this world is killing you / Oh, Alison, my aim is true. » Cette dernière phrase, qui donne son titre à l’album, est un jeu de mots entre l’amour sincère et un revolver chargé.
Nick Lowe produit l’album avec une économie de moyens parfaite. Le groupe qui l’accompagne est Clover, un groupe de country-rock américain dont faisait partie un certain Huey Lewis (futur Huey Lewis and the News). Ils ne savent pas qui est Costello, ils ne le connaissent pas, mais ils jouent ses chansons avec une professionnalisme et une chaleur qui leur donnent exactement l’ancrage dont elles ont besoin.

Less Than Zero et la conscience politique
« Less Than Zero » est la chanson d’ouverture de l’album et une déclaration politique : elle parle d’Oswald Mosley, le leader fasciste britannique des années 30, vu à la télévision et qui s’excuse de rien. Costello exprime une colère qui n’est pas punk dans le sens décibels et vitesse, mais dans le sens d’un refus moral absolu.
L’album « My Aim Is True » est sorti sur Stiff Records, le label indépendant londonien qui a aussi lancé Nick Lowe, Ian Dury et the Blockheads, et Wreckless Eric. Ces artistes constituent une sorte d’alternative new wave à la fois plus musicale que le punk pur et moins commerciale que le pop mainstream : ils ont tous des chansons avec de vraies structures, de vraies mélodies, et des paroles qui ont quelque chose à dire. Costello est le plus intelligent et le plus prolifique de tous.
Plus de Elvis COSTELLO
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration






