Howlin’ Wind
par Graham PARKER
En mars 1976, un inconnu de vingt-cinq ans originaire de Surrey publie son premier album avec un groupe de musiciens qui s’appelle the Rumour, et quelque chose change légèrement dans l’atmosphère du rock britannique. « Howlin’ Wind » n’est pas un album qui arrive avec des fanfares ni avec un battage médiatique particulier. Il arrive avec des chansons : dix morceaux de rock et de soul britanniques qui disent que Graham Parker a quelque chose à dire, qu’il sait comment le dire, et qu’il a trouvé les musiciens pour l’accompagner dans ce qu’il a à dire. Dans le contexte de 1976, c’est suffisant pour que ceux qui savent écouter se retournent.
Le Rumour est la pièce maîtresse de cet album autant que Parker lui-même. Brinsley Schwarz à la guitare, Bob Andrews aux claviers, Andrew Bodnar à la basse et Steve Goulding à la batterie : tous issus de la scène pub rock londonienne qui avait produit Brinsley Schwarz (le groupe, pas seulement le musicien), Ducks Deluxe et Dr. Feelgood. Ces musiciens savent jouer du rock britannique des racines avec une conviction qui fait que leurs arrangements sont à la fois précis et énergiques, construits et spontanés. Avec Parker devant, ils forment l’une des associations les plus efficaces du rock britannique de la décennie.
Nick Lowe et Dave Robinson, qui produisent l’album, avaient tous les deux une philosophie de production qui correspondait parfaitement à ce que Parker et le Rumour cherchaient : un son direct, ancré dans le rock and roll américain des années cinquante et soixante, sans ornements inutiles ni effets de production qui éloigneraient la musique de ses racines. Lowe en particulier, qui était lui-même musicien dans Brinsley Schwarz (le groupe), comprenait de l’intérieur ce que le Rumour faisait et comment il devait sonner.
« Don’t Ask Me Questions » est la chanson qui a le mieux défini Parker dans les premières années de sa carrière. C’est une chanson sur le fait de refuser les compromis et les interrogations d’une société qui demande à chacun de justifier ses choix, et Parker la chante avec une intensité et une conviction qui transforment ce thème en quelque chose de plus universel qu’un simple manifeste personnel. La façon dont le Rumour joue derrière lui, avec cette énergie retenue qui éclate dans le refrain, est un exemple parfait de ce que signifie accompagner un chanteur plutôt que jouer à côté de lui.
« Silly Thing » est plus légère dans le ton mais aussi efficace dans la construction. Parker montre qu’il peut sourire sans perdre l’intensité qui est sa marque, que sa musique peut avoir de l’humour sans se transformer en comédie. Ce registre plus détendu équilibre l’album et montre qu’il est capable de plus d’une seule couleur émotionnelle.
« Lady Doctor » est l’une des chansons les plus narratives de l’album, un portrait de personnage qui dit la capacité de Parker à observer la réalité ordinaire avec un regard précis et légèrement décalé. Ses textes, à la différence de beaucoup de ses contemporains, sont ancrés dans une réalité sociale britannique reconnaissable : les gens ordinaires, les situations quotidiennes, les petites observations qui disent quelque chose sur la façon dont les gens vivent.
« Back to Schooldays » ferme l’album avec quelque chose qui ressemble à un bilan provisoire : une chanson sur l’enfance et sur ce qu’on laisse derrière soi en grandissant, chantée avec une nostalgie qui n’est pas de la sentimentalité mais de la reconnaissance. Parker avait vingt-cinq ans quand il a enregistré cet album : déjà assez loin de l’enfance pour en parler avec distance, assez proche pour que le souvenir soit encore vivant.
La comparaison avec Van Morrison, qu’on a beaucoup faite à la sortie de l’album, est flatteuse mais pas entièrement juste. Parker partage avec Morrison une intensité vocale et une façon d’aborder le soul britannique comme un héritage à vivre plutôt qu’à imiter. Mais sa musique est plus directement rock, moins mystique, plus ancrée dans la réalité sociale britannique des années soixante-dix. Ce sont deux artistes distincts qui habitent un territoire voisin.
« Howlin’ Wind » a établi Graham Parker et le Rumour comme l’une des associations les plus prometteuses du rock britannique de l’époque. La critique a été unanimement enthousiaste, et beaucoup ont vu dans Parker le successeur naturel d’une tradition de songwriters britanniques qui allait de Ray Davies à Van Morrison en passant par Nick Lowe. Cette comparaison dit à la fois l’excellence de l’album et sa difficulté à exister dans la lumière d’artistes aussi grands. Mais « Howlin’ Wind » n’a pas besoin de comparaisons pour tenir debout : il se suffit à lui-même.
Graham Parker et le Rumour ont enregistré plusieurs albums dans les années suivantes qui ont maintenu et développé la qualité de « Howlin’ Wind ». « Heat Treatment » en 1976 et « Stick to Me » en 1977 ont confirmé que le premier album n’était pas un accident. Mais c’est « Howlin’ Wind » qui reste le document le plus direct et le plus pur de leur association : dix chansons qui disent tout ce qu’ils étaient sans surcharge ni calcul. Les meilleures introductions restent souvent les meilleures cartes de visite.
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