High Time, LITTLE BOB STORY (1976) : le rock français qui tient debout
En 1976, le rock français est en crise d’identité. Entre les timides tentatives d’adaptation des formules anglophones et le refuge dans le yé-yé démodé, peu de groupes français ont réussi à trouver une voix authentique dans le rock. Little Bob Story, formé à Le Havre par Robby Lamothe (dit Little Bob), est l’exception remarquable. Ce groupe de blues-rock portuaire, ancré dans la tradition du rhythm and blues américain mais profondément français dans son caractère, a développé au fil de ses albums une cohérence et une puissance qui n’ont rien à envier aux meilleurs groupes britanniques ou américains de l’époque. High Time, sorti en 1976, est leur album le plus ambitieux et le plus accompli.
Little Bob : la voix du port
Robby Lamothe a une voix qui vient de loin – du blues américain bien sûr, mais aussi des docks de Le Havre, de l’atmosphère industrielle d’une ville ouvrière tournée vers l’Atlantique. Sa façon de chanter – rauque, directe, avec une intensité physique qui rappelle les grandes voix du blues de Chicago – est immédiatement reconnaissable et ne ressemble à rien d’autre dans le rock français de l’époque.
Il chante principalement en anglais, ce qui a parfois été reproché au groupe, mais cette décision est musicalement cohérente avec leurs influences et avec le type de musique qu’ils jouent. Le blues-rock américain en anglais, chanté avec un accent et une personnalité qui ne peuvent être que françaises – c’est précisément cette combinaison qui fait l’originalité de Little Bob Story.
La guitare de Jacques Mercier
Jacques Mercier à la guitare est le complément parfait de la voix de Little Bob. Son jeu est ancré dans la tradition du blues électrique de Chicago, avec une maîtrise technique et une expressivité qui montrent des années d’immersion dans ce répertoire. Il ne cherche pas à épater par la vitesse ou la virtuosité formelle. Il cherche à faire parler l’instrument, à trouver le son juste pour chaque moment de chaque chanson.
La section rythmique du groupe – basse et batterie – joue avec la solidité et la précision qui caractérisent les bons groupes de blues-rock. Pas de fioritures, pas d’étalage technique. Un groove constant et puissant sur lequel Mercier et Little Bob peuvent s’exprimer librement.
Le Havre et l’Atlantique
Le Havre est une ville particulière dans la géographie musicale française. Port important ouvert sur l’Atlantique, elle a toujours eu des connections avec la musique américaine qui arrivent par les bateaux et les matelots. Cette géographie culturelle est présente dans la musique de Little Bob Story – leur blues sonne comme s’il était venu d’Amérique et s’était enraciné dans la terre normande.
Le groupe a souvent joué en Grande-Bretagne et a été respecté là-bas d’une façon qui dit quelque chose sur la qualité musicale de leur approche. Les publics de blues-rock britanniques, exigeants et informés, ont reconnu dans Little Bob Story une authenticité qui dépasse les clichés du rock français.
L’héritage méconnu
High Time n’a jamais eu la notoriété internationale qu’il méritait. C’est l’histoire classique du grand groupe de province qui n’a pas les connexions parisiennes nécessaires pour accéder à la machine médiatique nationale. Mais dans les cercles de collectionneurs de rock français des années soixante-dix, cet album est un trésor reconnu et recherché.
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