Elvis Costello enregistre un album très rhythm and blues, influencé par la soul des années 60. La démarche déroute ses fans de la première heure, mais le succès commercial est au rendez-vous et la démarche artistique est admirablement cohérente.
Vingt chansons et une déclaration d’amour
« Get Happy!! » est un album de vingt chansons enregistrées à une vitesse remarquable, dans l’élan de la soul music des années 60 que Costello aime depuis l’enfance. C’est un album de volumes multiples, chaque chanson courte et directe, comme si Costello avait voulu compresser toute l’énergie d’une session d’enregistrement soul de l’époque Stax ou Motown dans un seul disque.
Nick Lowe, son producteur fidèle et beau-père (il a épousé la fille de Lowe, Carlene Carter), est derrière la console. Lowe comprend exactement ce que Costello cherche : un son live, rapide, sans trop de perfectionnisme studio. Les Attractions jouent avec une précision et une énergie que des mois de répétition n’auraient pas améliorée.
La soul comme absolution
Le choix du rhythm and blues est pour Costello une façon de revenir à ses amours musicales fondamentales, celles qui lui ont donné l’envie de faire de la musique. Il cite Otis Redding, Sam Cooke, Al Green et Wilson Pickett comme des influences déterminantes, des artistes dont la voix et la sincérité émotionnelle lui ont appris ce qu’une chanson pouvait être.
« Opportunity » est l’un des temps forts de l’album, avec une urgence et une densité rythmique qui doivent tout à la soul. « The Imposter » est plus inquiétant, avec un riff de claviers hypnotique. « Secondary Modern » est une chanson d’amour déguisée en critique sociale. En vingt morceaux, Costello explore toutes les nuances de ce qu’il cherche à faire.
Un album qui vieillit bien
« Get Happy!! » n’est pas l’album le plus immédiatement accessible de Costello : vingt chansons, c’est beaucoup, et la densité soul peut dérouter ceux qui attendaient la pop acide de « This Year’s Model » ou la complexité d’arrangement d' »Armed Forces ». Mais avec le recul, c’est peut-être son album le plus attachant : un musicien qui joue pour le plaisir pur, qui s’amuse avec son genre de prédilection sans autre ambition que de bien faire.
Il atteignit le numéro deux en Grande-Bretagne, confirmant que Costello avait un public qui le suivait dans ses explorations stylistiques. Ce sera le cas pour toute sa carrière.
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