Tom Waits tient beaucoup la guitare sur cet album. La tonalité générale, plutôt blues, glisse parfois vers la comédie musicale. Magnifiquement produite, c’est une somptueuse et enivrante plongée dans l’univers nocturne du grand Waits.
Los Angeles, la nuit et les rues
« Heartattack and Vine » est le dernier album de Tom Waits pour son label Asylum avant qu’il ne rejoigne Island Records et entame la transformation radicale que représentera « Swordfishtrombones » (1983). C’est en quelque sorte la conclusion parfaite d’une première période, l’album où il maîtrise totalement le langage qu’il avait développé depuis « Closing Time » (1973).
Tom Waits naît à Pomona, Californie, en 1949. Sa voix est l’une des plus reconnaissables du rock américain : un baryton ruiné par le temps, le tabac et les nuits trop longues, qui peut passer de la tendresse à l’ironie en quelques mots. Ses personnages sont ceux qu’on croise dans les bars de nuit, les parkings déserts, les chambres d’hôtel bon marché des grandes villes américaines.
Jersey Girl et la tendresse cachée
« Jersey Girl » est la surprise de l’album : une chanson d’amour directe et sans ironie, une ballade romantique qui dit simplement que certaines filles du New Jersey sont irrésistibles. Bruce Springsteen l’a reprise et a transformé le titre en un standard de son propre répertoire, donnant à la chanson une audience que Waits n’avait pas eue.
« Ruby’s Arms » ferme l’album avec une beauté déchirante : un homme qui part à l’aube sans réveiller la femme qui dort, qui ramasse ses affaires dans le silence et sort dans le froid. La description est concrète, précise, et d’une mélancolie absolue. C’est peut-être la plus belle chanson que Waits ait jamais écrite dans cette première période.
On the Nickel et les marges de la ville
« On the Nickel » est une chanson écrite pour le film du même nom réalisé par Ralph Waite, sur les sans-abri du centre de Los Angeles. La chanson a la délicatesse d’une berceuse et la précision d’un reportage : Waits observe ses personnages avec affection et sans jugement, leur donnant une dignité que le monde refuse souvent de reconnaître.
« Heartattack and Vine » lui-même est plus dur, plus blues, avec une énergie de rue qui contraste avec la tendresse des ballades. L’album navigue entre ces deux pôles avec une aisance remarquable, montrant toute l’étendue d’un artiste qui n’a pas encore épuisé le langage qu’il s’est inventé.
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