Chicago. New York, 1971. Le groupe qui avait commence sa carriere en 1968 sous le nom de Chicago Transit Authority avec un double album ambitieux de jazz-rock et de protest songs arrive a son troisieme album avec la maturite et la confiance de ceux qui ont prouve qu’ils avaient quelque chose a dire. « Chicago III » est une oeuvre ambitieuse : deux disques, sept musiciens, des compositions qui melangent le rock, le jazz, le classique et la soul dans un style qui n’appartient qu’a eux.

Chicago est un groupe de sept personnes egales, une democratie musicale ou chaque membre contribue aux compositions et partage equitablement les responsabilites. Terry Kath a la guitare, Peter Cetera a la basse, Robert Lamm aux claviers, Danny Seraphine a la batterie : la section rythmique et les cordes. Et puis la section de cuivres : James Pankow au trombone, Lee Loughnane a la trompette, Walt Parazaider aux saxophones et a la clarinette. Ces trois musiciens de cuivres sont ce qui distingue fondamentalement Chicago de tous ses contemporains dans le rock americain.

Terry Kath est l’un des guitaristes les plus sous-estimes de sa generation. Jimi Hendrix lui-meme avait dit dans une interview que Kath etait l’un des meilleurs guitaristes de l’epoque. Sa technique combine le blues rock d’une puissance considerable avec une musicalite et une sensibilite harmonique qui doivent a la formation jazz qu’il avait recue. Sur « Chicago III », ses parties de guitare sont variees et constamment surprenantes.

Le triple LP dans sa version complete contient des suites longues et complexes que le format radio ignorait mais que le public des concerts connaissait bien. « Travel Suite » est une serie de pieces interconnectees qui decrivent un voyage interieur autant que physique, avec des changements de tempo et d’atmospherre qui maintiennent l’interet sur la duree. La section de cuivres y joue un role structurant : les thèmes musicaux sont souvent introduits par les cuivres avant d’etre repris par les guitares et les claviers.

Robert Lamm est le principal compositeur et parolier du groupe sur cet album. Ses textes sont plus personnels et moins politiques que sur les premiers albums, refletant une evolution artistique vers l’introspection et la complexite emotionnelle. La musique suit ce changement de direction : moins urgente, plus contemplative, avec une architecture plus elaboree.

La producteur James William Guercio, qui travaillait avec Chicago depuis leurs debuts, avait compris que le groupe avait besoin d’espace pour developper ses idees. Il avait construit les Caribou Ranch studios dans les montagnes du Colorado precisement pour offrir a ses artistes l’isolement necessaire a la creation ambitieuse. L’altitude et le calme de la montagne se retrouvent dans la qualite de presence et de concentration de l’enregistrement.

Chicago avait un phenomene rare : un public de masse qui acceptait la complexite musicale. Leurs albums s’achetaient en millions d’exemplaires, leurs concerts remplissaient les grandes arenes, et pourtant leurs compositions etaient infiniment plus elaborees que la pop radio ordinaire. Ils occupaient ce territoire rare ou l’ambition artistique et la popularite commerciale ne s’excluent pas.

« Chicago III » continue dans la tradition inauguree par les premiers albums : la conviction que le rock peut etre une musique serieuse, techniquement exigeante, harmoniquement ambitieuse, sans renoncer pour autant au plaisir immediate de l’ecoute. C’est un equilibre difficile a trouver et plus difficile encore a maintenir. Chicago l’a trouve et maintenu pendant plusieurs annees extraordinaires.

Sur X : @chicagotheband

La note des passionnés

4,0 /5

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Chicago III