Hotel California
par EAGLES
Hotel California, EAGLES (1976) : le rêve américain et ses dessous
Il y a des albums qui définissent une époque d’une façon si complète qu’on ne peut plus penser à cette époque sans les entendre. Hotel California, sorti en décembre 1976 chez Asylum Records, est de ceux-là. Il ne se contente pas de capturer l’esprit de la Californie des années soixante-dix. Il le commente, il le questionne, il en révèle les tensions et les contradictions avec une précision qui dépasse le simple document sociologique pour atteindre quelque chose de plus durable : l’oeuvre d’art qui dit quelque chose de vrai sur son époque tout en le transcendant.
Hotel California : la parabole parfaite
La chanson titre est l’une des plus jouées et les plus commentées de toute l’histoire du rock. Don Henley l’a décrite comme une métaphore de l’industrie musicale de Los Angeles, de ses séductions et de ses pièges. Glenn Frey l’a vue comme une parabole sur le rêve américain en général : le voyageur qui arrive dans un endroit qui semble paradisiaque et découvre progressivement qu’il ne peut plus en partir.
Musicalement, la chanson est une construction magistrale. L’introduction de guitare à douze cordes de Don Felder (composée par lui avec Henley) crée une atmosphère immédiatement distinctive. Le solo de guitare final, co-composé par Felder et Joe Walsh, est l’un des plus beaux et des plus analysés de l’histoire du rock : deux guitares qui dialoguent en canon sur une progression harmonique qui monte progressivement en tension sans jamais se résoudre complètement. C’est une leçon d’architecture musicale en guitare.
La chanson atteint le numéro 1 du Billboard Hot 100 et remporte le Grammy Award de l’enregistrement de l’année. Elle se vend encore des millions de copies chaque décennie.
New Kid in Town : l’arrivée de Joe Walsh
« New Kid in Town » est en partie une réflexion sur la fugacité de la gloire rock – le prochain grand groupe va arriver et tout le monde oubliera les précédents. C’est une observation mélancolique et lucide sur la nature du succès dans l’industrie musicale. Elle est chantée par Henley avec la douceur désenchantée de quelqu’un qui a atteint le sommet et regarde déjà ce qui vient après.
L’arrivée de Joe Walsh dans le groupe en 1975 (remplaçant Bernie Leadon) est une des décisions les plus importantes de la carrière des Eagles. Walsh apporte une énergie et un jeu de guitare plus hard rock qui transforment la texture sonore du groupe. « Life in the Fast Lane », co-écrite par Walsh, est l’illustration parfaite de cette transformation.
The Last Resort : la finale grandiose
« The Last Resort » ferme l’album avec une ambition narrative exceptionnelle. La chanson raconte l’histoire de la colonisation de l’Amérique du Nord, de ses promesses et de sa réalité, en une épopée de six minutes qui comprend des arrangements orchestraux et une mélodie d’une beauté sereine. Henley chante avec la gravité de quelqu’un qui pèse chaque mot. C’est l’une des chansons les plus littérairement ambitieuses de toute la discographie du groupe.
Hotel California est l’album le plus vendu de la discographie des Eagles et l’un des plus vendus de l’histoire du rock. Ces chiffres sont impressionnants mais ne disent pas l’essentiel : c’est un album qui a quelque chose à dire, et qui le dit avec une élégance et une cohérence remarquables.
Plus de EAGLES
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration


