Sortie 1976
Artiste Billy JOEL

Turnstiles, Billy JOEL (1976) : le retour de l’enfant de New York

En 1976, Billy Joel rentre à New York. Il avait quitté la ville quelques années auparavant pour tenter sa chance en Californie, signant chez Columbia Records et enregistrant Piano Man et Streetlife Serenade. Ces deux albums ont été des semi-succès critiques mais des déceptions commerciales. De retour à New York, avec un nouveau groupe de musiciens et une nouvelle confiance en sa propre vision, il enregistre Turnstiles. Cet album n’est pas encore le succès commercial massif qui va venir avec The Stranger en 1977. Mais c’est l’album qui définit qui est Billy Joel et ce qu’il a à dire.

New York State of Mind : la chanson qui dit tout

« New York State of Mind » est l’une des grandes chansons sur New York de toute l’histoire de la musique populaire. Écrite dans les quelques heures qui ont suivi le retour de Joel dans la ville après son séjour en Californie, elle dit exactement ce que dit un retour : que l’endroit qu’on a quitté est le seul endroit qui compte vraiment, que le reste du monde est une longue parenthèse.

La chanson est construite sur un plan harmonique jazz qui doit à Ray Charles plus qu’à n’importe quel rocker. Joel joue du piano avec l’assurance d’un musicien qui sait que cet instrument est sa maison, son territoire naturel. La mélodie est immédiatement reconnaissable et profondément newyorkaise dans son mélange de sophistication et de directness.

Say Goodbye to Hollywood et l’adieu à l’Ouest

« Say Goodbye to Hollywood » est une chanson à double lecture. Musicalement, c’est un hommage aux grandes productions de Phil Spector des années soixante – le mur du son, les cordes, la batterie puissante. Textuellement, c’est une déclaration d’indépendance vis-à-vis de l’industrie musicale californienne et un retour à une authenticité new-yorkaise que la Côte Ouest n’a pas pu lui offrir.

La production par Joel lui-même est une première – il prend le contrôle de son propre son pour la première fois. Ce contrôle s’entend dans le résultat : les arrangements sont exactement ce qu’ils doivent être, pas plus élaborés, pas plus simples. C’est l’album d’un artiste qui a appris à se faire confiance.

Miami 2017 et la vision prophétique

« Miami 2017 (Seen the Lights Go Out on Broadway) » est peut-être la chanson la plus ambitieuse de l’album. Elle se projette dans un futur imaginaire où New York a été abandonnée et détruite, racontée du point de vue d’un survivant qui se souvient du passé glorieux de la ville. C’est une vision apocalyptique traitée avec la légèreté caractéristique du style de Joel : l’histoire est dramatique mais la musique refuse de la pleurer, préférant la célébrer.

L’album qui construit les fondations

Turnstiles se vend modestement. La critique ne s’y intéresse pas beaucoup. Mais en termes artistiques, c’est l’album le plus important de la première période de Joel : celui où il trouve sa voix propre, son territoire, son style. The Stranger va bâtir dessus pour atteindre les strates de la célébrité mondiale. Mais les fondations sont ici, à New York, en 1976.

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