Cet inconditionnel des Beatles façon McCartney réalise son classique des années 70. Un album remarquablement bien écrit, pour lequel Billy Joel fait appel à Phil Ramone, producteur de Simon et Garfunkel et de Paul Simon, et qui va propulser l’artiste new-yorkais au premier rang.
Hicksville, Long Island et les leçons de piano
William Martin Joel naît en 1949 à Bronx, New York, et grandit à Hicksville, Long Island. Sa mère l’inscrit au piano classique dès l’enfance, mais c’est la musique populaire qui le captive : les Beatles en premier lieu, puis Ray Charles, James Brown, les Four Seasons. Il commence à se produire dans des petits clubs de Long Island à l’adolescence, enchaîne les expériences musicales peu fructueuses dans les années 60 et 70, avant que « Piano Man » (1973) ne lui donne sa première reconnaissance.
Quand Joel approche Phil Ramone pour produire « The Stranger », il a déjà quatre albums derrière lui, dont aucun n’a vraiment percé commercialement à la hauteur de son talent. Ramone, qui a travaillé avec Paul Simon, Barbra Streisand, et qui est l’un des meilleurs ingénieurs du son de sa génération, comprend immédiatement ce que Joel a besoin : pas plus de production, mais moins. Laisser les chansons respirer.
Just the Way You Are et la grâce simple
« Just the Way You Are » est la chanson la plus directement romantique de l’album, et l’une des plus belles ballades de la décennie. Une déclaration d’amour sans conditions : je ne veux pas que tu changes, je t’aime telle que tu es. Joel l’a écrite pour son épouse Elizabeth, bien que leur mariage prendra fin peu après. La chanson remportera les Grammy Awards de la Chanson de l’Année et de l’Enregistrement de l’Année en 1979, une reconnaissance méritée pour une composition qui tient à la fois de la ballade classique et du soul.
« Vienna » est peut-être la chanson la plus personnelle et la plus philosophiquement riche de l’album. Joel l’a écrite après avoir visité Vienne avec son père, musicien qui avait quitté les États-Unis pour vivre en Europe. La chanson dit : ralentis, tu as le temps, la vie n’est pas une course. « Vienna waits for you. » C’est l’exact opposé de la culture de la performance américaine des années 70, et elle est magnifique pour ça.
Scenes from an Italian Restaurant
« Scenes from an Italian Restaurant » est le morceau le plus ambitieux de l’album : sept minutes quinze d’une mini-suite en plusieurs parties qui raconte l’histoire d’une rencontre entre deux anciens amoureux dans un restaurant, avec des flashbacks sur leur jeunesse. La structure emprunte à la chanson narrative des Beatles de la période « Abbey Road » : différentes sections musicales unifiées par un fil narratif. C’est Joel à son meilleur : le populaire sans la complaisance, l’intelligent sans la prétention.
« The Stranger » restera pendant des décennies l’album le plus vendu de Billy Joel. Il offre à Phil Ramone le gabarit d’une production idéale pour un pianiste-chanteur : précise, chaleureuse, avec des arrangements orchestraux discrets qui soutiennent sans étouffer. Un classique absolu de la pop américaine des années 70.
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