Sortie 1975
Genres rock/pop rock

Ce troisième album a bénéficié d’un gros budget et d’une super production. C’est la consécration d’un début de carrière tout à fait brillant. Springsteen s’y fait avec finesse l’écho des grands mythes américains, de leurs ambiguités… À l’instar d’un Phil Spector, Springsteen recherche le « son ultime ».

Time et Newsweek le même jour

Le 27 octobre 1975, Time et Newsweek, les deux plus grands magazines d’information américains, publient chacun en couverture le portrait de Bruce Springsteen. Un artiste de rock en couverture des deux hebdomadaires la même semaine : jamais ça n’était arrivé avant, jamais ça ne se reproduira vraiment depuis. Le phénomène « Springsteen » est déjà au-delà de la musique : c’est une promesse culturelle, une image de l’Amérique qui veut encore croire en elle-même.

Bruce Frederick Joseph Springsteen naît à Long Branch, New Jersey, en 1949. Il grandit dans une famille ouvrière catholique, dans les petites villes qui bordent la côte du New Jersey, ces non-lieux américains faits de parkings et de drive-in, de rêves de départ et de poissons qui restent. Sa première guitare lui est donnée à treize ans. Sa référence absolue est Elvis Presley, puis Chuck Berry, puis Bob Dylan. Il synthétise tout ça dans quelque chose d’entièrement personnel.

L’enregistrement de Born To Run, quatorze mois

Il faut quatorze mois pour enregistrer « Born To Run ». La chanson titre seule prend plusieurs mois. Springsteen cherche un son particulier, quelque chose qu’il décrit lui-même comme « Roy Orbison chantant sur une chanson de Phil Spector et accompagné par Bob Dylan’s band ». Il superpose les guitares, les percussions, les cuivres, empile les pistes jusqu’à l’excès, puis enlève, recommence. Jon Landau, journaliste musical reconverti en coproducteur après avoir écrit « I have seen the future of rock and roll and his name is Bruce Springsteen », l’aide à trouver l’équilibre entre la démesure et l’essentiel.

La formation qui enregistre l’album est ce qui deviendra le E Street Band dans sa forme classique : Roy Bittan au piano (dont le travail sur « Thunder Road » est l’une des plus belles introductions de l’histoire du rock), Garry Tallent à la basse, Max Weinberg à la batterie, Steve Van Zandt à la guitare, Clarence Clemons au saxophone. Clemons est l’âme sonore de l’album : son saxophone ténor, massif et expressif, est la contrepartie parfaite de la voix de Springsteen.

Bruce Springsteen avec sa guitare
Bruce Springsteen avec sa Telecaster, le Boss du New Jersey et poète du rêve américain

Jungleland et la promesse non tenue

« Jungleland » ferme l’album avec neuf minutes trente d’épopée rock urbaine : un récit de gangsters et d’amants dans une ville qui ne dort jamais, portée par un piano de Roy Bittan, un saxophone de Clarence Clemons (son solo est l’un des plus longs et des plus beaux de l’histoire du rock), et une voix de Springsteen qui monte jusqu’à une conclusion d’une intensité déchirante.

« Thunder Road », qui ouvre l’album, est peut-être la plus belle chanson qu’il ait jamais écrite : une invitation au départ adressée à Mary (« You ain’t a beauty but hey you’re alright / And that’s alright with me »), une déclaration d’amour et d’espoir formulée avec toute la lucidité de quelqu’un qui sait que l’espoir est fragile mais nécessaire. « Born To Run » est le disque qui dit tout ce que Springsteen voulait dire, et il le dit mieux qu’il ne l’a dit avant ou depuis.

La note des passionnés

4,0 /5

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Born To Run