Goodbye Yellow Brick Road
par Elton JOHN
La route de briques jaunes
Octobre 1973. Elton John publie Goodbye Yellow Brick Road, double album de dix-sept titres, et signe l’un des grands monuments de la musique populaire des années 1970. En 1973, Elton John est au sommet absolu de sa popularité : il sort plusieurs albums par an, chaque single est un hit, ses concerts font salle comble partout dans le monde, et sa collaboration avec le parolier Bernie Taupin a atteint une fécondité et une cohérence créatives difficiles à maintenir à ce niveau d’intensité. Goodbye Yellow Brick Road est le pic de tout ça : l’album le plus complet, le plus varié, le plus ambitieux qu’ils aient réalisé ensemble.
Funeral for a Friend / Love Lies Bleeding ouvre le double album avec une introduction de onze minutes qui commence comme une pièce de musique progressive presque ambiante, tous synthétiseurs et orgues qui se déploient lentement, avant que le groupe n’entre et que la chanson ne devienne quelque chose de massif et d’urgent. C’est une déclaration d’intention : cet album ne sera pas limité aux conventions du format pop single.
Candle in the Wind, dédiée à Marilyn Monroe, est une ballade sur la fragilité de la célébrité et la cruauté de la machine médiatique. Taupin avait trouvé dans la vie et la mort de Monroe une métaphore pour tout ce qui détruit les êtres sensibles exposés à la lumière trop intense du regard public. Elton John chante avec une douceur et une sobriété qui contrastent avec la grandeur orchestrale de certains autres titres. C’est l’une de leurs chansons les plus durables.
Bernie Taupin et les mots comme peinture
Bernie Taupin est né en 1950 dans le Lincolnshire, en Angleterre, et a répondu à une annonce de DJM Music cherchant des auteurs-compositeurs en 1967. Elton John avait répondu à la même annonce. On leur avait demandé de travailler ensemble : Taupin écrit les paroles, John écrit la musique. Cette formule de travail particulière, où les deux artistes ne composent jamais vraiment en même temps, a produit l’un des catalogues les plus riches du rock.
Taupin écrit des images, des scènes, des tableaux. Goodbye Yellow Brick Road évoque le personnage de The Wizard of Oz pour décrire la tentation de revenir à une vie plus simple, loin du glamour et des exigences de la célébrité. Mais Taupin n’est pas didactique : il ne dit jamais directement ce que la chanson veut dire. Il construit un univers visuel et laisse l’auditeur y trouver son propre sens.
Bennie and the Jets est l’un des titres les plus inhabituels de l’album : une chanson sur un groupe fictif, avec une production qui simule délibérément une mauvaise prise de son live, des applaudissements ajoutés en studio, une foule artificielle. C’est une chanson sur la fabrication du rock star, sur l’artifice de la performance, enregistrée avec une ironie douce et un groove qui la rendent immédiatement dansante.
La machine à produire
La vitesse à laquelle Elton John et Bernie Taupin travaillaient en 1973 est presque inconcevable. John enregistrait les mélodies de mémoire après avoir lu les paroles de Taupin une première fois, sans retourner au texte, en improvisant presque complètement la musique. Cette spontanéité explique une partie de la vivacité de leur meilleur travail : il n’est pas surréfléchi, pas trop travaillé. C’est de l’instinct musical mis en forme rapidement.
Goodbye Yellow Brick Road était initialement prévu pour être enregistré à Kingston, Jamaïque, mais une grève des musiciens jamaïcains a forcé le groupe à se replier aux studios Strawberry en France. Ce changement de plan de dernière minute n’a visiblement pas nui à la créativité. Parfois, les contraintes libèrent.
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