Paul McCartney. New York et Écosse, 1971. La dissolution des Beatles avait placé chacun des quatre anciens partenaires dans la position difficile de devoir exister artistiquement sous un poids de comparaison incommensurable. Pour Paul McCartney, le plus commercialement instinctif des quatre, ce processus de séparation était particulièrement douloureux. « Ram » est son deuxième album solo, enregistré avec Linda Eastman McCartney, produit par lui-même, et c’est l’album qui lui a permis de commencer à trouver sa voix post-Beatles avec une franchise et une expérimentation qui n’appartiennent qu’à lui.
« Too Many People » est la réponse directe de McCartney aux critiques de ses anciens partenaires sur son travail solo. Il la chante avec une légèreté qui n’est qu’apparente : il y a dans cette chanson une dignité blessée et une fierté qui montrent que les blessures de la rupture avec les Beatles n’étaient pas encore cicatrisées. John Lennon a répondu avec « How Do You Sleep? » quelques mois plus tard, portant la dispute publique entre les deux anciens partenaires à son point de plus grande acuité.
« Uncle Albert/Admiral Halsey » est l’exemple le plus créatif de la façon dont McCartney abordait la composition sur cet album : des médleys de fragments mélodiques distincts cousus ensemble avec une fluidité qui cache la complexité de la construction. La chanson est en réalité plusieurs chansons qui coexistent, se succèdent, se répondent. McCartney joue avec les formes comme un peintre qui superpose les couches, chaque couche modifiant le sens des couches précédentes.
Linda McCartney est créditée comme co-compositrice et joue sur l’album. Leur collaboration était sincère : Paul avait trouvé dans Linda non seulement une compagne mais une partenaire créative dont la fraîcheur et l’absence de formation musicale conventionnelle lui offraient une perspective nouvelle sur son propre travail. Les harmonies de Linda, imparfaites vocalement, ajoutaient à la musique une qualité artisanale et humaine que la perfection technique aurait effacée.
L’album a été enregistré à New York, à High Park en Écosse, et en studio à Londres avec une accumulation de musiciens de session dont les arrangements orchestraux ont été écrits par McCartney lui-même. Cette autonomie totale dans la production, rare pour un artiste de son profil à cette époque, lui permettait d’exprimer sa vision sans filtre.
« Heart of the Country » et « Ram On » sont les deux faces de l’esthétique pastorale qui traverse l’album : la première, un conte bucolique écossais, la seconde, un ukulélé et une voix dans le dépouillement le plus total. Ces deux morceaux disent quelque chose sur le lieu où McCartney voulait aller après les Beatles : vers la simplicité, la campagne, la vie ordinaire.
« Ram » a été redécouvert par les générations suivantes avec une affection que les critiques de 1971 ne lui avaient pas accordée. Trop excentrique, trop inégal, trop personnel : ces reproches d’alors sont devenus des qualités pour les oreilles qui l’écoutent aujourd’hui.
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