1973 Album

Band on the Run

par Paul McCARTNEY

4,0
Sortie 1973
Genres rock/pop rock

Lagos et la renaissance

1973. Paul McCartney enregistre Band on the Run à Lagos, au Nigeria, dans des circonstances qui tiendraient de l’aventure rocambolesque si elles n’étaient pas documentées. À la veille du départ pour l’Afrique, deux membres de Wings, le guitariste Henry McCullough et le batteur Denny Seiwell, quittent le groupe sans prévenir. McCartney se retrouve à Lagos avec seulement sa femme Linda et le guitariste Denny Laine pour enregistrer un album qu’il doit livrer à son label.

Pendant l’enregistrement, McCartney fait une crise cardiaque bénigne mais inquiétante qui l’envoie à l’hôpital. Fela Kuti, musicien nigérian dont les compositions pour Afrika 70 étaient en train de révolutionner la musique africaine, accuse McCartney de vol culturel. La ville impose un couvre-feu. McCartney se fait voler ses bandes démo par des hommes armés. Et pourtant, l’album qui sort de tout ça est le meilleur qu’il ait fait depuis la fin des Beatles.

Band on the Run, la chanson titre, est une construction en trois parties distinctes qui passent d’une ambiance feutrée et mélancolique à une explosion de riff rock, et le tout est tenu ensemble par l’énergie musicale et la confiance mélodique que McCartney n’avait pas montrées de façon aussi évidente depuis Abbey Road. C’est une chanson sur la liberté, sur l’évasion, sur le refus de la contrainte, et elle sonne exactement comme un homme qui vient de se libérer de quelque chose d’immense.

Jet et l’énergie retrouvée

Jet est le single d’ouverture de l’album et l’un des riffs rock les plus énergiques et les plus directs que McCartney ait jamais écrits. La chanson commence avec une frappe de batterie et une ligne de basse immédiate qui installent une urgence physique, et le riff principal de guitare arrive immédiatement pour compléter ce tableau. C’est du rock direct, sans ornement inutile, et la voix de McCartney sur ce titre a une qualité presque animale, une poussée vers l’avant qui dit que quelque chose de nouveau est en train de se passer.

Denny Laine joue de la guitare, de la basse et chante des harmonies tout au long de l’album. Sa contribution est souvent sous-estimée parce que l’album porte le nom de McCartney et que McCartney joue lui-même la majorité des instruments. Mais le fait d’avoir Laine disponible pour les parties de guitare et les harmonies a libéré McCartney pour se concentrer sur la composition et l’arrangement, et le résultat s’entend.

Nineteen Hundred and Eighty Five, qui clôt l’album, est une pièce ambitieuse avec des arrangements de cordes, des changements de tempo, une architecture musicale qui dépasse la chanson pop standard. McCartney y démontre que sa capacité à construire des structures musicales complexes n’avait pas disparu avec les Beatles mais attendait simplement le contexte approprié pour se manifester.

La meilleure surprise de 1973

Les critiques qui avaient écrit McCartney off après Ram (1971) et les débuts laborieux de Wings ont dû revoir leur jugement. Band on the Run gagne le Grammy du Meilleur enregistrement vocal pop, entre dans les listes de tous les meilleurs albums de l’année et relance définitivement la carrière solo de McCartney. C’est un des grands come-backs de l’histoire de la musique populaire.

La note des passionnés

4,0 /5

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Band on the Run